Document

Explication de texte : Clair de lune

A propos du document

  • Type de document: explication de texte
  • Disponible sur le site : E-gruge
  • Visité 3428 fois

Vos 1 commentaire sur ce document

27 avr 2011 à 15h18 par Walid :
Plan du commentaire composé
I- Le clair de lune prétexte à un paysage intérieur.
1. Une âme paysage.
2. Un paysage âme
3. La discordance.
II- Des personnages évanescents
1. Le modèle de la comédie italienne
2. La présence du XVIIIè siècle français
3. Le décor de la fête.
III- Tristesse et mélancolie
1. Gaieté et mélancolie
2. Tristesse et beauté
3. La majesté du décor
Commentaire composé rédigé
A tous les moments de l'histoire et dans toutes les civilisations, nombre de poètes ont chanté la lune. Le thème choisi par Verlaine n'a donc rien de novateur. D'ailleurs ce poème inaugural des Fêtes galantes s'inspire de paysages ou de scènes de Watteau, de Boucher, de Fragonard et de bien d'autres artistes qui ont traduit, avec leur sensibilité, l'insouciance et la légèreté du XVIIIe siècle, et le caractère fictif de la fête.
Pour Verlaine, la fête se trouve complètement imprégnée d'une tristesse et d'une mélancolie qui épousent a merveille le sentiment que l'on éprouve quand on se laisse aller a rêver devant un paysage de Watteau, par exemple. Dans ce poème, les personnages que l'on croise ne sont pas nommés et n'existent que dans le monde du paraître, des apparences, du déguisement. Car, derrière les masques, la mélancolie se révèle, comme elle s'impose au poète qui va la capter et la transposer dans son poème. Le monde féerique n'est finalement qu'un leurre et symbolise la grande tricherie de la vie davantage jouée que réellement vécue.
Mais où se situe Verlaine dans ce poème? Dans l'apparence, il reste à distance. En fait, le lecteur ne tarde pas a comprendre qu'il s'agit là d'un artifice car, tout au long du texte, son univers intime transparaît.
Dans "Clair de lune", le monde suggéré l'emporte sur le monde décrit. En effet, si le lecteur découvre que le paysage éclairé est celui des masques et des bergamasques, il prend rapidement conscience qu'il est avant tout celui des sentiments complexes et nuancés, des émotions et de tout un répertoire intérieur qui s'ouvre sur un univers sensible très particulier : celui de Verlaine.


I. Le clair de lune, prétexte à un paysage intérieur
La première strophe évoque des personnages qui dansent au clair de lune. Le décor est planté mais on sait déjà que c'est dans l'âme qu'être et choses acquièrent progressivement une place prépondérante. Ce madrigal (petite pièce en vers, laudative, galante et précieuse) prend une tournure paradoxale. Sur la fête viennent se plaquer des personnages tristes. La deuxième strophe renforce la contradiction entre la gaieté apparente et la prise de conscience de l'aspect peu probable du bonheur. Les acteurs ne sont pas dupes. Pourtant on tente de leur faire croire à la joie. Mais tout ne reste que comédie, masques et déguisements. La troisième strophe place la nature au premier plan, les personnages ont disparu, comme par enchantement. Le clair de lune baigne le paysage d'une atmosphère de mélancolie et de tristesse qui traduit bien l'état d'âme de Verlaine. On note le caractère paradoxal de la construction du poème qui présente des personnages et ensuite un décor aussi vivant que les personnages. En effet, il est tour a tour calme, triste, il fait rêver et sangloter d'extase. Tous ces termes se rapportent a des êtres vivants. De plus, on retrouve dans le décor comme dans les personnages une tristesse joyeuse, comme une indétermination qui caractérise cet univers. Ce poème s'oriente dans deux directions qui s'opposent. Cet hymne a la fête n'est en réalité qu'un chant destiné a la mélancolie. Par cette supercherie, le poète ménage ses effets. Si les deux premiers quatrains laissent la part belle a l'ambiance de fête, le troisième révèle le message essentiel du texte, c'est-a-dire l'extase de Verlaine devant la beauté du paysage nocturne.
I-1. Des personnages évanescents
Les personnages qui peuplent la première strophe nous sont présentés par l'artifice de la synecdoque, "masques" pour "personnages masqués". Ces êtres sont donc réduits à la plus trompeuse des apparences. Les personnages n'ont pas l'air de croire à leur bonheur, déguisant leur âme comme ils ont déguisé leur corps. La mélancolie sous-jacente est suggérée par l'adjectif triste, accentuée par sa position en rejet puis minorée par l'adverbe quasi qui le précède. Les "déguisements" dont ils sont affublés rappellent les "masques" du vers 2. Mais la tristesse des âmes n'empêche pas la fantaisie ni l'imprévisibilité. L'atmosphère est celle de la comédie italienne, danses, musique, costumes fantaisistes. L'assonance du son "an" dans charmant, "jouant", "dansant" rappelle le battement des pieds des danseurs. Mais l'allitération en t de "tristes" et "fantasques" accentue la tristesse par la dureté du son et tranche avec l'apparente insouciance de la fête qui ne devient qu'une mascarade. Dans les deux premiers quatrains les termes "masques", "luth", "dansant", "déguisements" "chantant" appartiennent au champ lexical de la fête. Mais plusieurs indices nous montrent que derrière ce cadre féerique se profile un bonheur dominé par le doute, suggérédans la deuxième strophe. La troisième strophe nous permet de lever le paradoxe. On s'aperçoit que la fête est terminée. La tristesse et la mélancolie ont gagné le paysage, le songe des oiseaux, les jets d'eau qui "sanglotent".


I.2. Tristesse et mélancolie
Le dernier quatrain entièrement consacré à la lune ne tient plus compte des personnages et de leur agitation. Verlaine nous immobilise dans la contemplation d'un "clair de lune triste et beau", préféré au "clair de lune de Watteau" dans un premier écrit. La place de "triste" qui précède "beau" marque une priorité. Verlaine maintient la tristesse du décor et des personnages commencée dans les deux premières strophes mais la mêle d'une idée contraire, la beauté comme les romantiques. Si dans les deux première strophes se manifestent la tristesse et la joie, l'extériorité divertissante de la fête et l'intériorité mélancolique des participants, dans le dernier quatrain la beauté et la gaieté des jets d'eau contrebalancent la tristesse du décor. L'ajout (anadiplose) du substantif calme dans la reprise de "clair de lune" puis de grands avec "jets d'eaux" donne au décor un élan de majesté. A travers la nature qui se met alors à "rêver" et les "jets d'eau qui sanglotent d'extase" s'exacerbent la tristesse mais aussi le plaisir.
CONCLUSION
Ce poème "clair de lune" annonce bien autre chose qu'un moment paisible de la nuit et désigne plutôt un élément poétique , une façon propre à Verlaine d'éclairer les êtres, que l'on discerne mal dans l'obscurité. Le décor de semi-obscurité ne sert à Verlaine que de tremplin pour mieux propulser un paysage intérieur qui va de la tristesse aux sanglots.

Laisser un commentaire

Votre commentaire :

Votre nom :