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Plan détaillé : Promenade sentimentale
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27 avr 2011 à 15h32 par Walid :
Plan de commentaire
Introduction
Ce poème "Promenade sentimentale" fait partie de la troisième section "Paysages tristes " des poèmes saturniens, premier recueil de poèmes de Verlaine fortement imprégné de son amour rejeté pour sa cousine Elisa Moncomble. Dans ces 16 hexasyllabes, poète et paysage partagent les mêmes souffrances comme s'il n'y avait pas de séparation entre le moi du poète et le monde. Le poète fait une promenade souvenir, en solitaire. Il regrette l'absente dont il restitue imaginairement la présence en assimilant la "brume" à un fantôme, un spectre, souvenir d'une défunte. La promenade sentimentale est une promenade funèbre, en fin de jour, à travers un paysage aquatique qui lui renvoie son image.
L'errance du poète amoureux
Les deux premiers quatrains plantent le décor d'une promenade souvenir autour d'un étang avec la végétation classique des nénuphars et des roseaux qui fluctuent sous l'action du vent. Le second quatrain, presque en opposition avec le premier nous présente le locuteur qui ne s'adresse à personne en particulier alors que le titre laissait entendre un être aimé. Le ton est personnel, le "moi" que complète le "je" ne laisse place à aucune ambiguïté, le poète est bien seul dans sa promenade, et le verbe errer traduit le manque de but de sa promenade, son désarroi et sa souffrance. Sur un ton élégiaque, le poète par métaphore compare sa douleur, la cicatrice de son amour, à une plaie. Puis la douleur devient délire, le poète qui s’enferme dans sa solitude a comme une sorte de vision, d'hallucination que représentent les images formées par les nuages et ici la brume, celle d'un fantôme. Après ces souffrances de l'amour devenues des délires, la promenade continue et on retrouve un paysage identique malgré tous ce qui s’est passé. On assiste à un cheminement de l'extérieur vers l'intérieur du personnage que suggère le moment choisi, le coucher de soleil propice à l'introspection, au bilan, à la réflexion.
L'écho entre le paysage et l'âme du poète
L'étang est un prétexte au thème du reflet et du miroir, deux sources lumineuses lui renvoient sa propre image, celle du soleil couchant et celle de l'étang. Il y a comme un écho entre les images qui jouent sur les jeux d'ombres et de lumières. La nature est calme comme la promenade, le mouvement et les bruits sont doux, à peine suggérés par les assonances et les allitérations qui suggèrent le bruissement, le chuchotement. La nature est personnifiée. Il y a un effet de fluidité, de continuité de régularité réalisé par les sonorités mais aussi la syntaxe avec des phrases longues et la versification du poème en décasyllabes et en rimes plates avec des césures fréquentes à l’hémistiche qui confère au poème une grande monotonie. On rencontre beaucoup de sons nasalités "ai, en, in" traduisant la douleur et des verbes à l'imparfait pour ajouter à la durée. Dans cette fin de jour, le poème rapproche comme dans un mouvement d'enlacement les paronymes (seul/saulaie, plaie/épais) puis on assiste à la chute brutale de la nuit dont les ténèbres recouvrent tout comme un linceul. La nuit tombe sur la nature comme elle est tombée sur son amour.
Un paysage impressionniste
Le paysage qui est une réalité va prendre une apparence irréelle presque abstraite au soleil couchant. Il y a une transfiguration du réel qui peut être comparé à l'impressionnisme, constitué de petites touches descriptives. Le nénuphar rendu imposant par l'hyperbole "grand" n'est qu'une petite tache blanche à la surface d'un étang. La lumière rasante avec son effet d'éblouissement par réflexion, rend difficile la vision qui devient imprécise, on remarque à peine les taches blanches qui apparaissent blêmes ou laiteuses. Même les sons sont assourdis comme dans une sorte d’étouffement par le brouillard qui intensifie le malaise du poète.
Une obsession de néant
Si le début du poème donne l'impression d'une harmonie, il y a au milieu du poème une rupture marquée par la présence de rejets et une insistance sur des termes sinistres (fantôme laiteux, linceul). Cette rupture est reprise par le passé simple "vint" qui succède à l'imparfait. Cette rupture est un malaise provoqué par l’apparition du fantôme laiteux, une vision inquiétante et obsédante. Le fantôme avec ses sentiments humains nous fait apparaître la souffrance du poète comme une sorte de complaisance morbide. La fin du poème, avec la disparition de la lumière finit par s'opposer au paysage de départ bercé par le vent. A la fin il n'y a plus de mouvement, de vie.
Conclusion
Alors qu'on pouvait s'attendre à une promenade souvenir rappelant de merveilleux moments amoureux, on assiste à un épanchement mélancolique, presque funèbre. Thème récurrent chez Verlaine qui pense qu'il est "maudit", sous l'influence néfaste de la planète Saturne, la mélancolie prend ici l'apparence d'une complaisance morbide. C'est un poème bien classique qui joue sur les effets miroirs, les répétitions de mots, les inversions, les symétries autour des trois termes errais/plaie/saulaie. Ce poème qui se clôt sur un apparent retour à l'équilibre s'enferme cependant dans le ressassement d'une tristesse, d'une blessure, d'une solitude en décalage avec le titre plein d'attente et d'espoir "Promenade sentimentale".
Introduction
Ce poème "Promenade sentimentale" fait partie de la troisième section "Paysages tristes " des poèmes saturniens, premier recueil de poèmes de Verlaine fortement imprégné de son amour rejeté pour sa cousine Elisa Moncomble. Dans ces 16 hexasyllabes, poète et paysage partagent les mêmes souffrances comme s'il n'y avait pas de séparation entre le moi du poète et le monde. Le poète fait une promenade souvenir, en solitaire. Il regrette l'absente dont il restitue imaginairement la présence en assimilant la "brume" à un fantôme, un spectre, souvenir d'une défunte. La promenade sentimentale est une promenade funèbre, en fin de jour, à travers un paysage aquatique qui lui renvoie son image.
L'errance du poète amoureux
Les deux premiers quatrains plantent le décor d'une promenade souvenir autour d'un étang avec la végétation classique des nénuphars et des roseaux qui fluctuent sous l'action du vent. Le second quatrain, presque en opposition avec le premier nous présente le locuteur qui ne s'adresse à personne en particulier alors que le titre laissait entendre un être aimé. Le ton est personnel, le "moi" que complète le "je" ne laisse place à aucune ambiguïté, le poète est bien seul dans sa promenade, et le verbe errer traduit le manque de but de sa promenade, son désarroi et sa souffrance. Sur un ton élégiaque, le poète par métaphore compare sa douleur, la cicatrice de son amour, à une plaie. Puis la douleur devient délire, le poète qui s’enferme dans sa solitude a comme une sorte de vision, d'hallucination que représentent les images formées par les nuages et ici la brume, celle d'un fantôme. Après ces souffrances de l'amour devenues des délires, la promenade continue et on retrouve un paysage identique malgré tous ce qui s’est passé. On assiste à un cheminement de l'extérieur vers l'intérieur du personnage que suggère le moment choisi, le coucher de soleil propice à l'introspection, au bilan, à la réflexion.
L'écho entre le paysage et l'âme du poète
L'étang est un prétexte au thème du reflet et du miroir, deux sources lumineuses lui renvoient sa propre image, celle du soleil couchant et celle de l'étang. Il y a comme un écho entre les images qui jouent sur les jeux d'ombres et de lumières. La nature est calme comme la promenade, le mouvement et les bruits sont doux, à peine suggérés par les assonances et les allitérations qui suggèrent le bruissement, le chuchotement. La nature est personnifiée. Il y a un effet de fluidité, de continuité de régularité réalisé par les sonorités mais aussi la syntaxe avec des phrases longues et la versification du poème en décasyllabes et en rimes plates avec des césures fréquentes à l’hémistiche qui confère au poème une grande monotonie. On rencontre beaucoup de sons nasalités "ai, en, in" traduisant la douleur et des verbes à l'imparfait pour ajouter à la durée. Dans cette fin de jour, le poème rapproche comme dans un mouvement d'enlacement les paronymes (seul/saulaie, plaie/épais) puis on assiste à la chute brutale de la nuit dont les ténèbres recouvrent tout comme un linceul. La nuit tombe sur la nature comme elle est tombée sur son amour.
Un paysage impressionniste
Le paysage qui est une réalité va prendre une apparence irréelle presque abstraite au soleil couchant. Il y a une transfiguration du réel qui peut être comparé à l'impressionnisme, constitué de petites touches descriptives. Le nénuphar rendu imposant par l'hyperbole "grand" n'est qu'une petite tache blanche à la surface d'un étang. La lumière rasante avec son effet d'éblouissement par réflexion, rend difficile la vision qui devient imprécise, on remarque à peine les taches blanches qui apparaissent blêmes ou laiteuses. Même les sons sont assourdis comme dans une sorte d’étouffement par le brouillard qui intensifie le malaise du poète.
Une obsession de néant
Si le début du poème donne l'impression d'une harmonie, il y a au milieu du poème une rupture marquée par la présence de rejets et une insistance sur des termes sinistres (fantôme laiteux, linceul). Cette rupture est reprise par le passé simple "vint" qui succède à l'imparfait. Cette rupture est un malaise provoqué par l’apparition du fantôme laiteux, une vision inquiétante et obsédante. Le fantôme avec ses sentiments humains nous fait apparaître la souffrance du poète comme une sorte de complaisance morbide. La fin du poème, avec la disparition de la lumière finit par s'opposer au paysage de départ bercé par le vent. A la fin il n'y a plus de mouvement, de vie.
Conclusion
Alors qu'on pouvait s'attendre à une promenade souvenir rappelant de merveilleux moments amoureux, on assiste à un épanchement mélancolique, presque funèbre. Thème récurrent chez Verlaine qui pense qu'il est "maudit", sous l'influence néfaste de la planète Saturne, la mélancolie prend ici l'apparence d'une complaisance morbide. C'est un poème bien classique qui joue sur les effets miroirs, les répétitions de mots, les inversions, les symétries autour des trois termes errais/plaie/saulaie. Ce poème qui se clôt sur un apparent retour à l'équilibre s'enferme cependant dans le ressassement d'une tristesse, d'une blessure, d'une solitude en décalage avec le titre plein d'attente et d'espoir "Promenade sentimentale".
12 mar 2008 à 18h29 par le pape :
bonjour
bon poeme
bon poeme
12 mai 2007 à 10h29 par goudarzi-lida :
LA FABLE
Comme le conte et le mythe, la fable fait partie d'un fonds culturel, dans lequel plusieurs générations d'écrivains ou de moralistes ont puisé. Il existait avant La Fontaine, illustrée par l’Antiquité grecque (Esope, VIIe_VIe ème siècle av.J-C), latine (Phèdre, Ie siècle) , orientale (l’Indien Pilpay qui écrivit en sanscrit mais fut traduit en français ), La fable fait partie du genre de l'apologue, c'est-à-dire de ces courts récits susceptibles d'illustrer une vérité morale. A la leçon pédagogique traditionnelle pouvait se substituer, au gré de l'actualité et de l'humeur de chacun, des « morales » bien différentes, dans l'ordre de l'allusion politique notamment. On verra aussi des morales galantes.
L’APPORT DE LA FONTAINE
Parues en trois recueils successifs (1668,1678 ,1694) , les Fables regroupent en douze livres précédés d’une préface , elles se composent de textes le plus souvent en versification libre,qui mélangent les longueurs des vers et la disposition des rimes sans suivre un ordre régulier. La plupart des livres contiennent ,outre les fables au sens strict , un texte dédié à un ami ou un protecteur , vantant ses qualités ou prodiguant des conseils . Le but de l’auteur était cependant pédagogique.
La Fontaine s’inspire largement de ses devanciers, d’abord d’Esope et de Phèdre , puis,quand la matière s’épuisa , des conteurs orientaux comme Pilpay. Mais il n’hésite pas dans certains passages, comme les écrivains en avaient pris l’habitude à la Renaissance , à reprendre tels vers de Virgile , telle réflexion d’Horace ou de Sénèque , telle anecdote aussi des humanistes comme Rabelais . cette imitation n’est pas un esclavage :La Fontaine puise parfois dans l’actualité, mais surtout, il adapte le genre à son propre talent, renouvelant ainsi la tradition par la diversité et la liberté.
QUESTIONS DE FOND
l'idéologie des Fables
La Fontaine n'est pas un philosophe , mais c'est un amateur de philosophie, comme le montrent souvent des allusions plus ou moins précises aux doctrines . Dans quelques cas , il se lance dans un vrai discours philosophique, mais on parlera mieux ici d'une « ambiance philosophique » des Fables. Ces discours constituent en effet des exemples de poésie didactique où l'art de condenser en vers des raisonnements philosophiques parfois techniques a pour but d'y intéresser les "honnêtes gens".
Quant à l'idéologie des Fables, on s'accorde pour la rattacher à cette forme modernisée d'épicurisme qu'était le gassendisme, c'est-à-dire la philosophie de Gassendi (1592-1655) , familier du salon de Mme de La Sablière. Les discussions entre les commentateurs des Fables ne portent guère que sur la plus ou moins grande précision des emprunts faits par La Fontaine à ces philosophes.
La Fontaine n'est pourtant pas un épicurien tout à fait orthodoxe. D'abord en raison de son indulgence pour l'amour. L'authentique sagesse épicurienne tenait l'amour pour un facteur de troubles dont le sage avait intérêt à se tenir éloigné. La Fontaine dénonce bien ses dangers , mais il écrit aussi "Plus d'amour, partant plus de joie" (Les Animaux malades de la peste) et, surtout, dit sa nostalgie du "temps d'aimer" dans Les deux Pigeons. D'autre part, cet épicurisme est singulièrement christianisé : La Fontaine n'exclut pas en effet l'idée de la Providence (Jupiter et les Tonnerres), incompatible avec l'épicurisme antique, résolument matérialiste. Il n'est surtout rien moins qu'un homme de système, soucieux de suivre son humeur et sa fantaisie. Il peut avoir, comme Montaigne, « essayé » sa pensée au fil des thèmes et proposé au lecteur une variété d'opinions manifestant son scepticisme Mais il appartient aussi à un siècle pétri d'antiquité et soucieux de vulgariser les doctrines dans un contexte plaisant.
Les animaux
La fable est un genre court, en prose ou en vers, composé d’une histoire fictive où figurent souvent des animaux, accompagnée d’une moralité qui en tire un enseignement. La présence des animaux dans les fables est constante depuis l'Antiquité : leurs mœurs les plus apparentes fournissaient un équivalent acceptable des mœurs humaines.
Le animaux représentent des types humains et sociaux depuis l'antiquité et probablement avant : soit par leur place supposée dans la hiérarchie animale, soit par leur comportement, soit encore dans leur rapport avec l'homme.
Il ne faut donc pas y chercher un document d'ordre zoologique , Le fabuliste reprend des histoires toutes faites, consacrées par la tradition; La Fontaine doit être jugé en fonction de la science et de la terminologie de son temps, et non en fonction des classifications zoologiques actuelles, qui datent seulement du XIXème siècle.
En fait les animaux intéressaient beaucoup La Fontaine et ses lecteurs, et ils ne figurent pas seulement dans le récit en tant que symboles des hommes, mais aussi pour eux-mêmes.La Fontaine met donc en question la supériorité humaine : les défauts des animaux sont des défauts humains ; notre société est imparfaite et cruelle, dure aux faibles, injuste ; nos rapports avec les bêtes sont des rapports de domination, qui rendent toute amitié illusoire ou précaire...
Les morales
la "morale" du XVIIème siècle ressemble plus à notre psychologie et à notre sociologie qu'à notre morale. D'autre part la morale traditionnelle du genre de la fable, si morale il y a, est une morale de petites gens (la légende fait d'Ésope un esclave), obligés, pour survivre, à une grande prudence, et qui peuvent difficilement s'offrir la "générosité" d'une morale aristocratique. Si l'on veut déterminer quelle est la grande leçon des Fables, on exprimera donc toujours une sorte de bon sens populaire,
La Fontaine est en accord avec l'ensemble des moralistes de son époque et, plus généralement encore, avec l'ensemble de la littérature classique, plutôt pessimiste et sceptique sur la nature humaine. les récits sont toujours accompagnés d'une "morale".
La Fontaine suit la tradition des anciens: il puise aussi chez eux, chez le Grec Esope et le Latin Phèdre, la trame de la grande majorité de ses pièces. Il ne s'en est jamais caché, indiquant clairement ses sources et ses emprunts: son imagination, il est important de l'observer, ne s'exerce pas sur l'invention d'une histoire mais sur sa façon toute personnelle de la raconter. Il s'appuie sur l'autorité des anciens pour affirmer ses intentions éducatives.
Lorsque la morale est exprimée, car souvent elle est simplement suggérée, elle se cache en différents endroits, en général à la fin, mais aussi au milieu, ou en introduction, elle est mise en proverbe, donnée par l'auteur, dite par un des protagonistes, sous forme affirmative, exclamative, interrogative...
Nous pouvons donc affirmer que La Fontaine quoi qu'il en ait dit, n'a pas cherché à faire de la morale éducative. Le titre de moraliste qu'on lui donne avec raison doit être pris dans son sens très neutre, d'observateur des mœurs humaines. La leçon que chacun va tirer de ces fables lui importe beaucoup moins que son plaisir à les raconter.
Les thèmes lyriques
La Fontaine est sans doute le grand poète lyrique du XVIIème siècle. Le didactisme des Fables s'efface souvent devant l'émotion. Un inventaire des thèmes qui suscitent le plus facilement ce lyrisme éclairerait bien cette sensibilité de La Fontaine : l'amour, bien sûr, mais aussi une série de thèmes liés à ce qu'on appelle aujourd'hui la "qualité de la vie", à savoir la nature, le plaisir simple, la recherche du bonheur, la retraite spirituelle. Sa rêverie va volontiers dans le sens d'une discrète mélancolie, notamment lorsqu'il évoque la solitude, l'amitié, le passage du temps. Mais le Second recueil est étonnamment marqué surtout par le sentiment de la mort, qui est présent dans plus de la moitié des fables . Cela ne s'explique pas d'une manière suffisante par le fait qu'on meurt beaucoup dans les fables traditionnelles dont La Fontaine s'inspire, car dans le premier recueil, plus ésopique, la proportion était beaucoup plus faible. Dans la tradition de la fable, en effet, la mort est une sanction : punition de l'ignorance, de la sottise, de la jactance
La Fontaine n'est pas ici bien loin encore de la sagesse de Montaigne : s'il convient de faire preuve de prudence pour l'éviter, il faut aussi que cette crainte de la mort soit sans excès . La grande leçon, tout à fait classique, est celle de la résignation
QUESTIONS DE FORME
la vraie profondeur de La Fontaine n'est pas dans ses idées, mais bien dans son art particulièrement subtil. la fable est un véritable genre et La Fontaine, par l'habileté de son partage entre le récit et le discours, l'a rendue particulièrement riche et mobile.
L'art du récit
La fable est d'abord un récit. Il convient de bien discerner les séquences entre lesquelles se partagent les récits de La Fontaine. La Fontaine, comme tout bon conteur, prend son temps dans les commencements, et brusque presque toujours le dénouement.
Sur le plan de la description, il conviendrait de parler mieux d'évocation, car La Fontaine manifeste un art consommé pour camper en quelques mots la silhouette ou le comportement des animaux ou des hommes . Ceci concerne aussi les évocations de la nature. Il existe un idéal lafontainien du paysage, très classique : c'est souvent un endroit paisible, un peu à l'écart, sans être trop sauvage, en somme la nature corrigée et animée par l'homme. A côté des motifs végétaux, de l'aurore, du soleil, on remarquera la présence de l'eau .
L'art du dialogue
Le dialogue est en effet essentiel dans la technique de la fable. Il est à la fois facteur de vie, auxiliaire puissant de la psychologie et ressort du drame. La parole est toujours un actant essentiel : tantôt elle constitue une faute qui mérite punition , même si elle reste au niveau du monologue intérieur ; tantôt les paroles prononcées déclenchent immédiatement la catastrophe , à moins qu'il ne s'agisse au contraire de paroles habiles qui se voient couronnées de succès ; tantôt enfin la fable tout entière consiste en débats oratoires.
Ajoutons un fait stylistique important, qui est un grand facteur de variété : La Fontaine est un spécialiste du maniement des trois discours, direct, indirect et indirect libre .
Le discours direct
• Le discours direct donne l’illusion de l’objectivité, et permet de relayer l’information en toute neutralité. C’est apparemment la forme la plus littérale de la reproduction de la parole d’autrui. Toutefois le rapporteur peut influencer le discours, notamment avec des éléments tels que les verbes de paroles.
Le discours indirect
• Le discours indirect perd son indépendance syntaxique, et se construit donc comme une subordonnée, complément d’un verbe principal signifiant « dire » ou « penser ». Il est généralement bien intégré au discours dans lequel il s’insère et n’est pas marqué par une rupture énonciative.
Le discours indirect libre
• Le discours (ou style) indirect libre est essentiellement un procédé littéraire qui se rencontre peu dans la langue parlée. Il permet au romancier de s’affranchir du modèle théâtral qui imposait le mimétisme du discours direct. L’auteur peut rapporter les paroles et les pensées au moyen d’une forme qui s’intègre parfaitement au récit, ouvrant des perspectives narratives nouvelles, notamment au XIXe siècle.
La versification
Le vers libre de La Fontaine n'a aucun rapport avec ce qu'on appellera ainsi à la fin du XIXème siècle. Le vers de La Fontaine est libre en ce qui concerne le nombre de syllabes, en ce sens qu'il mêle librement des vers de longueurs différentes, mais il n'emploie que des vers de la prosodie française traditionnelle. Pour l'essentiel, il joue sur l'octosyllabe, le décasyllabe et l'alexandrin, avec quelques vers impairs qui créent des rythmes de chanson. Plus qu'en eux-mêmes, c'est dans leur alternance qu'ils doivent être étudiés, notamment dans leurs effets de rythme. On trouvera d'excellents exemples de cette adéquation du vers aux péripéties du récit dans de nombreuses fables . La Fontaine ne s'en tient pas aux systèmes traditionnels des rimes plates croisées et embrassées; il lui arrive même de redoubler les rimes, faisant rimer ensemble trois vers ou davantage . Mais ses vers riment toujours, et - qui plus est - il respecte toujours la règle de l'alternance.
Conclusion
Tous ces éléments ont contribué au succès immédiat de cette œuvre , qui ne s’est pas démenti . Grâce à certains vers , passés en proverbes , à quelques fables, connues de tous depuis la tendre enfance, La Fontaine, fait rare, constitue une partie non négligeable de notre culture commune de base .mais cette particularité ne doit pas dispenser du plaisir de découvrir ses textes moins connus , ou de les apprfondir.
Comme le conte et le mythe, la fable fait partie d'un fonds culturel, dans lequel plusieurs générations d'écrivains ou de moralistes ont puisé. Il existait avant La Fontaine, illustrée par l’Antiquité grecque (Esope, VIIe_VIe ème siècle av.J-C), latine (Phèdre, Ie siècle) , orientale (l’Indien Pilpay qui écrivit en sanscrit mais fut traduit en français ), La fable fait partie du genre de l'apologue, c'est-à-dire de ces courts récits susceptibles d'illustrer une vérité morale. A la leçon pédagogique traditionnelle pouvait se substituer, au gré de l'actualité et de l'humeur de chacun, des « morales » bien différentes, dans l'ordre de l'allusion politique notamment. On verra aussi des morales galantes.
L’APPORT DE LA FONTAINE
Parues en trois recueils successifs (1668,1678 ,1694) , les Fables regroupent en douze livres précédés d’une préface , elles se composent de textes le plus souvent en versification libre,qui mélangent les longueurs des vers et la disposition des rimes sans suivre un ordre régulier. La plupart des livres contiennent ,outre les fables au sens strict , un texte dédié à un ami ou un protecteur , vantant ses qualités ou prodiguant des conseils . Le but de l’auteur était cependant pédagogique.
La Fontaine s’inspire largement de ses devanciers, d’abord d’Esope et de Phèdre , puis,quand la matière s’épuisa , des conteurs orientaux comme Pilpay. Mais il n’hésite pas dans certains passages, comme les écrivains en avaient pris l’habitude à la Renaissance , à reprendre tels vers de Virgile , telle réflexion d’Horace ou de Sénèque , telle anecdote aussi des humanistes comme Rabelais . cette imitation n’est pas un esclavage :La Fontaine puise parfois dans l’actualité, mais surtout, il adapte le genre à son propre talent, renouvelant ainsi la tradition par la diversité et la liberté.
QUESTIONS DE FOND
l'idéologie des Fables
La Fontaine n'est pas un philosophe , mais c'est un amateur de philosophie, comme le montrent souvent des allusions plus ou moins précises aux doctrines . Dans quelques cas , il se lance dans un vrai discours philosophique, mais on parlera mieux ici d'une « ambiance philosophique » des Fables. Ces discours constituent en effet des exemples de poésie didactique où l'art de condenser en vers des raisonnements philosophiques parfois techniques a pour but d'y intéresser les "honnêtes gens".
Quant à l'idéologie des Fables, on s'accorde pour la rattacher à cette forme modernisée d'épicurisme qu'était le gassendisme, c'est-à-dire la philosophie de Gassendi (1592-1655) , familier du salon de Mme de La Sablière. Les discussions entre les commentateurs des Fables ne portent guère que sur la plus ou moins grande précision des emprunts faits par La Fontaine à ces philosophes.
La Fontaine n'est pourtant pas un épicurien tout à fait orthodoxe. D'abord en raison de son indulgence pour l'amour. L'authentique sagesse épicurienne tenait l'amour pour un facteur de troubles dont le sage avait intérêt à se tenir éloigné. La Fontaine dénonce bien ses dangers , mais il écrit aussi "Plus d'amour, partant plus de joie" (Les Animaux malades de la peste) et, surtout, dit sa nostalgie du "temps d'aimer" dans Les deux Pigeons. D'autre part, cet épicurisme est singulièrement christianisé : La Fontaine n'exclut pas en effet l'idée de la Providence (Jupiter et les Tonnerres), incompatible avec l'épicurisme antique, résolument matérialiste. Il n'est surtout rien moins qu'un homme de système, soucieux de suivre son humeur et sa fantaisie. Il peut avoir, comme Montaigne, « essayé » sa pensée au fil des thèmes et proposé au lecteur une variété d'opinions manifestant son scepticisme Mais il appartient aussi à un siècle pétri d'antiquité et soucieux de vulgariser les doctrines dans un contexte plaisant.
Les animaux
La fable est un genre court, en prose ou en vers, composé d’une histoire fictive où figurent souvent des animaux, accompagnée d’une moralité qui en tire un enseignement. La présence des animaux dans les fables est constante depuis l'Antiquité : leurs mœurs les plus apparentes fournissaient un équivalent acceptable des mœurs humaines.
Le animaux représentent des types humains et sociaux depuis l'antiquité et probablement avant : soit par leur place supposée dans la hiérarchie animale, soit par leur comportement, soit encore dans leur rapport avec l'homme.
Il ne faut donc pas y chercher un document d'ordre zoologique , Le fabuliste reprend des histoires toutes faites, consacrées par la tradition; La Fontaine doit être jugé en fonction de la science et de la terminologie de son temps, et non en fonction des classifications zoologiques actuelles, qui datent seulement du XIXème siècle.
En fait les animaux intéressaient beaucoup La Fontaine et ses lecteurs, et ils ne figurent pas seulement dans le récit en tant que symboles des hommes, mais aussi pour eux-mêmes.La Fontaine met donc en question la supériorité humaine : les défauts des animaux sont des défauts humains ; notre société est imparfaite et cruelle, dure aux faibles, injuste ; nos rapports avec les bêtes sont des rapports de domination, qui rendent toute amitié illusoire ou précaire...
Les morales
la "morale" du XVIIème siècle ressemble plus à notre psychologie et à notre sociologie qu'à notre morale. D'autre part la morale traditionnelle du genre de la fable, si morale il y a, est une morale de petites gens (la légende fait d'Ésope un esclave), obligés, pour survivre, à une grande prudence, et qui peuvent difficilement s'offrir la "générosité" d'une morale aristocratique. Si l'on veut déterminer quelle est la grande leçon des Fables, on exprimera donc toujours une sorte de bon sens populaire,
La Fontaine est en accord avec l'ensemble des moralistes de son époque et, plus généralement encore, avec l'ensemble de la littérature classique, plutôt pessimiste et sceptique sur la nature humaine. les récits sont toujours accompagnés d'une "morale".
La Fontaine suit la tradition des anciens: il puise aussi chez eux, chez le Grec Esope et le Latin Phèdre, la trame de la grande majorité de ses pièces. Il ne s'en est jamais caché, indiquant clairement ses sources et ses emprunts: son imagination, il est important de l'observer, ne s'exerce pas sur l'invention d'une histoire mais sur sa façon toute personnelle de la raconter. Il s'appuie sur l'autorité des anciens pour affirmer ses intentions éducatives.
Lorsque la morale est exprimée, car souvent elle est simplement suggérée, elle se cache en différents endroits, en général à la fin, mais aussi au milieu, ou en introduction, elle est mise en proverbe, donnée par l'auteur, dite par un des protagonistes, sous forme affirmative, exclamative, interrogative...
Nous pouvons donc affirmer que La Fontaine quoi qu'il en ait dit, n'a pas cherché à faire de la morale éducative. Le titre de moraliste qu'on lui donne avec raison doit être pris dans son sens très neutre, d'observateur des mœurs humaines. La leçon que chacun va tirer de ces fables lui importe beaucoup moins que son plaisir à les raconter.
Les thèmes lyriques
La Fontaine est sans doute le grand poète lyrique du XVIIème siècle. Le didactisme des Fables s'efface souvent devant l'émotion. Un inventaire des thèmes qui suscitent le plus facilement ce lyrisme éclairerait bien cette sensibilité de La Fontaine : l'amour, bien sûr, mais aussi une série de thèmes liés à ce qu'on appelle aujourd'hui la "qualité de la vie", à savoir la nature, le plaisir simple, la recherche du bonheur, la retraite spirituelle. Sa rêverie va volontiers dans le sens d'une discrète mélancolie, notamment lorsqu'il évoque la solitude, l'amitié, le passage du temps. Mais le Second recueil est étonnamment marqué surtout par le sentiment de la mort, qui est présent dans plus de la moitié des fables . Cela ne s'explique pas d'une manière suffisante par le fait qu'on meurt beaucoup dans les fables traditionnelles dont La Fontaine s'inspire, car dans le premier recueil, plus ésopique, la proportion était beaucoup plus faible. Dans la tradition de la fable, en effet, la mort est une sanction : punition de l'ignorance, de la sottise, de la jactance
La Fontaine n'est pas ici bien loin encore de la sagesse de Montaigne : s'il convient de faire preuve de prudence pour l'éviter, il faut aussi que cette crainte de la mort soit sans excès . La grande leçon, tout à fait classique, est celle de la résignation
QUESTIONS DE FORME
la vraie profondeur de La Fontaine n'est pas dans ses idées, mais bien dans son art particulièrement subtil. la fable est un véritable genre et La Fontaine, par l'habileté de son partage entre le récit et le discours, l'a rendue particulièrement riche et mobile.
L'art du récit
La fable est d'abord un récit. Il convient de bien discerner les séquences entre lesquelles se partagent les récits de La Fontaine. La Fontaine, comme tout bon conteur, prend son temps dans les commencements, et brusque presque toujours le dénouement.
Sur le plan de la description, il conviendrait de parler mieux d'évocation, car La Fontaine manifeste un art consommé pour camper en quelques mots la silhouette ou le comportement des animaux ou des hommes . Ceci concerne aussi les évocations de la nature. Il existe un idéal lafontainien du paysage, très classique : c'est souvent un endroit paisible, un peu à l'écart, sans être trop sauvage, en somme la nature corrigée et animée par l'homme. A côté des motifs végétaux, de l'aurore, du soleil, on remarquera la présence de l'eau .
L'art du dialogue
Le dialogue est en effet essentiel dans la technique de la fable. Il est à la fois facteur de vie, auxiliaire puissant de la psychologie et ressort du drame. La parole est toujours un actant essentiel : tantôt elle constitue une faute qui mérite punition , même si elle reste au niveau du monologue intérieur ; tantôt les paroles prononcées déclenchent immédiatement la catastrophe , à moins qu'il ne s'agisse au contraire de paroles habiles qui se voient couronnées de succès ; tantôt enfin la fable tout entière consiste en débats oratoires.
Ajoutons un fait stylistique important, qui est un grand facteur de variété : La Fontaine est un spécialiste du maniement des trois discours, direct, indirect et indirect libre .
Le discours direct
• Le discours direct donne l’illusion de l’objectivité, et permet de relayer l’information en toute neutralité. C’est apparemment la forme la plus littérale de la reproduction de la parole d’autrui. Toutefois le rapporteur peut influencer le discours, notamment avec des éléments tels que les verbes de paroles.
Le discours indirect
• Le discours indirect perd son indépendance syntaxique, et se construit donc comme une subordonnée, complément d’un verbe principal signifiant « dire » ou « penser ». Il est généralement bien intégré au discours dans lequel il s’insère et n’est pas marqué par une rupture énonciative.
Le discours indirect libre
• Le discours (ou style) indirect libre est essentiellement un procédé littéraire qui se rencontre peu dans la langue parlée. Il permet au romancier de s’affranchir du modèle théâtral qui imposait le mimétisme du discours direct. L’auteur peut rapporter les paroles et les pensées au moyen d’une forme qui s’intègre parfaitement au récit, ouvrant des perspectives narratives nouvelles, notamment au XIXe siècle.
La versification
Le vers libre de La Fontaine n'a aucun rapport avec ce qu'on appellera ainsi à la fin du XIXème siècle. Le vers de La Fontaine est libre en ce qui concerne le nombre de syllabes, en ce sens qu'il mêle librement des vers de longueurs différentes, mais il n'emploie que des vers de la prosodie française traditionnelle. Pour l'essentiel, il joue sur l'octosyllabe, le décasyllabe et l'alexandrin, avec quelques vers impairs qui créent des rythmes de chanson. Plus qu'en eux-mêmes, c'est dans leur alternance qu'ils doivent être étudiés, notamment dans leurs effets de rythme. On trouvera d'excellents exemples de cette adéquation du vers aux péripéties du récit dans de nombreuses fables . La Fontaine ne s'en tient pas aux systèmes traditionnels des rimes plates croisées et embrassées; il lui arrive même de redoubler les rimes, faisant rimer ensemble trois vers ou davantage . Mais ses vers riment toujours, et - qui plus est - il respecte toujours la règle de l'alternance.
Conclusion
Tous ces éléments ont contribué au succès immédiat de cette œuvre , qui ne s’est pas démenti . Grâce à certains vers , passés en proverbes , à quelques fables, connues de tous depuis la tendre enfance, La Fontaine, fait rare, constitue une partie non négligeable de notre culture commune de base .mais cette particularité ne doit pas dispenser du plaisir de découvrir ses textes moins connus , ou de les apprfondir.
12 mai 2007 à 10h25 par goudarzi-lida :
"Le Rat qui s'est retiré du Monde"
Les Fables de La Fontaine ont été publiées de 1668 à 1693, en deux recueils. Le premier recueil contient les six premiers livres ; c’est dans celui-ci que l’on trouve les textes les plus connus du fabuliste. Le deuxième recueil contient les six livres suivants, et l’on y trouve des textes souvent plus graves, plus réfléchis, dans lesquels le bestiaire caractéristique de La Fontaine n’apparaît plus réellement. Ici, nous sommes au Livre VII, où la fable « Le Rat qui s’est retiré du monde » occupe la troisième place. Nous sommes donc au tout début du deuxième recueil des Fables, et un animal y apparaît encore (le « rat »).
S’agit-il d’une fable de circonstance? Nous vivons à cette époque (vers 1675, date retrouvée dans le recueil de Trallage pour cette fable) la guerre de Hollande et le clergé régulier ne souhaite pas la financer gratuitement par les trois cent mille livres qui lui sont demandés. Ce clergé prétendait que les seuls dons qu’il devait au roi étaient ses prières. Remarquons que le fromage est « de Hollande ».Nous retrouvons un ermite gras et aussi hypocrite que celui-ci dans « Le Chat, la Belette et le petit Lapin » (F. VII, 16).Toujours est-il que la fable du rat est une invention de La Fontaine lui-même. Il s’agira de voir quelle raillerie du clergé se développe ici.
Depuis son origine Esopique, la fable donne la parole aux animaux. C'est une forme de travestissement qui permet de mettre en place la satire. La Fontaine met en place le personnage du rat qui est un personnage majeur de son bestiaire. Un rat se replie dans la solitude pour méditer et mener une vie contemplative ...On peut y voir 2 grands mouvements et une conclusion:
1. Vers 1 à 12: L'édifiante retraite du rat, et le profit qu'il en tire.
2. Vers 13 à 31: La requête des frères en difficulté, et sa réponse.
3. La conclusion vers 32 à 35, sous forme de question, qui donne avec humour le jugement de La Fontaine.
V.1 "Les Levantins en leur légende..."
Le fabuliste place le récit hors du Royaume, sage précaution contre un Monarque à la dévotion sourcilleuse. L'Orient, berceau de la vie contemplative, ne représentait peut-être pas grand-chose pour la plupart des contemporains de La Fontaine, mais lui qui avait passé un an et demi au couvent de l'Oratoire, connaissant bien les pères se Syrie et d'Egypte. Au cours des repas monacaux pris en silence, il avait pu entendre leur "légende", la vie par exemple de Siméon le Stylite ou d'Antoine de la Thébaïde. Et il s'amuse en associant ici les plus illustres ermites de la Chrétienté à l'histoire de son rat.
V.2 "Un certain rat, las des soins d'ici-bas,
dans un fromage de Hollande
Se retire loin du tracas.
La solitude était profonde,
s'étendant partout à la ronde".
Les motivations de l'animal ne sont pas d'ordre spirituel. Il veut être seul: "se retire ... solitude ... profonde", pour avoir la paix: "Las des soins (=des soucis) d'ici-bas... loin du tracas". Comme par hasard, il choisit l'aliment préféré de ses congénères pour s'y installer. "A la ronde" fait rire à cause de la forme du fromage. La précision "de Hollande", pays fort éloigné de l'Orient où nous voici, ajoute un détail incongru. On peut y voir aussi une impertinence: la guerre de Hollande qui vient de s'achever n'a pas été un "fromage" de tout repos!
V.7"Notre ermite nouveau subsistait là dedans.
Il fit tant de pieds et de dents,
Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage
Le vivre et le couvert: que faut-il davantage?
Il devint gros et gras: Dieu prodigue ses biens
à ceux qui font voeux d'être siens".
Nous avons la parodie d'une vie de saint consacrée à Dieu, "ceux qui font le voeu d'être sien", avec des mots édifiants: "subsistait" et "que faut-il davantage" suggèrent une humble vie de privations. "Il fit tant" rappelle les efforts des grands fondateurs, défricheurs, bâtisseurs. "En peu de jours ... ses biens" annonce des grâces miraculeuses, mais les faveurs accordées à notre ermite ne sont pas d'ordre spirituel, ni apostolique: "Le vivre et le couvert..." qui récompensent ses peines ne sonnent pas de façon très ascétique, pas plus que son embonpoint: "gros et gras...". Lui-même en s'activant "de pieds et de dents..." montre plus de voracité que de zèle religieux. Nous avons devant nous un mauvais moine, égoïste, hypocrite et glouton.
V.13 "Un jour, au dévot personnage
Des députés du peuple rat
S'en vinrent demander quelque aumône légère".
Sa réputation est établie "dévot...", la délégation a toute chance d'être bien accueillie, d'autant plus qu'il s'agit de ses frères du "peuple rat" et que la requête se montre discrète, avec l'indéfini "quelque" et limitée, à une "aumône légère".
Voici l'exposé de la situation:
V.14 "Ils allaient en terre étrangère
Chercher quelque secours contre le peuple chat;
Ratopolis était bloquée.
On les avaient contraints de partir sans argent
Attendu l'état indigent
De la république attaquée".
La timidité des pauvres mendiants, apparue avec "quelque aumône" dès le vers 15, est telle qu'ils n'osent pas s'adresser directement à l'ermite, et que tout leur discours s'exprimera au style indirect libre. Les suites irrégulières d'octosyllabes et d'alexandrins, donnent l'impression de plusieurs personnes qui se relaient pour accumuler les informations pitoyables: la "terre étrangère" c'est l'exil, "le peuple chat", c'est la menace du plus terrible des ennemis, le siège de la capitale, c'est la catastrophe, et l'indéfini "quelque secours" montre qu'ils n'ont pas gardé grand espoir de succès.
Ils poursuivent un plaidoyer coupé de silences embarrassés et suppliants devant un interlocuteur qui les laisse parler sans un mot d'encouragement. Ils disent leur détresse: "on les avait contraints de partir", leur dénuement: "sans argent", "état indigent", et l'urgence de leur cause; "république attaquée".
V.22 "Ils demandaient fort peu, certains que le secours
Serait prêt dans quatre ou cinq jours".
Le saint homme restant obstinément muet, ils minimisent les besoins: "fort peu", ils feignent une assurance: "certains" qui n'apparaissait nullement tout à l'heure, ils iraient presque jusqu'à promettre un remboursement!
V.24 "Mes amis, dit le solitaire,
Les choses d'ici-bas ne me regardent plus:
En quoi peut un pauvre reclus
Vous assister".
Le début est un encouragement: "mes amis", mais aussitôt, le rusé, sous couleur de renoncement au "choses d'ici-bas", loin de compatir aux maux des siens, utilise ce prétexte pour ne pas les prendre en compte et il fait étalage de sa faiblesse: "en quoi peut un pauvre reclus", pour se récuser. Le rejet du complément "vous assister" cherche à camoufler l'objet de son refus."Solitaire", c'était le nom que l'on donnait aux sévères jansénistes retirés à Port Royal, faut-il y voir un coup de patte?
V.27 "Que peut-il faire
Que de prier le ciel qu'il vous aide en ceci!
J'espère qu'il aura de vous quelque souci"
"Faire" l'action est bien maigre, puisqu'elle se réduit à "prier", et même sur ce plan, quelle mise en retrait! avec cette tournure dubitative: "que peut-il faire, que de...". Avec "qu'il vous aide", formule où il se décharge sur le Ciel de ce qui lui est demandé, avec 'en ceci', qui montre le désintérêt. Quelle froideur dans ce "J'espère", et quelle indifférence dans ce très léger "quelque souci".
V.30 "Ayant parlé de cette sorte,
Le nouveau saint ferma sa porte".
"Cette sorte", "nouveau saint" (qui fait écho à l'"ermite nouveau" du V.7) soulignent un comportement peu conforme à la tradition religieuse. La brusque rupture du second hémistiche: "ferma sa porte", qui coupe court à toute discussion, nous laisse aussi pantois que les pauvres ambassadeurs. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le souci d'autrui ne tourmente pas le personnage!
V.32 "Qui désignais-je, à votre avis,
par ce rat si peu secourable?
Un moine? non, mais un dervis:
Je suppose qu'un moine est toujours charitable".
*La Fontaine en s'impliquant à la première personne, et en nous interpellant: "à votre avis", donne au récit un sérieux inattendu et nous invite à réfléchir.Le mot "moine" deux fois répété, et le terme spécifiquement chrétien de "charitable" mettent nettement en cause le clergé catholique, malgré la vertueuse dénégation qui ne trompe personne.
*L'ironie contenue dans le dernier vers "je suppose..." serait une attaque trop grave sans l'allusion précédente au "dervis" (mystique de l'Islam), qui rejoint les "Levantins" du début dans une géographie de fantaisie et fait une diversion amusante.
conclusion
• Le titre l'annonçait et l'auteur prend soin de le rappeler durant tout le récit. Il le fait pour le plaisir plus que pour la prudence. C'est si drôle de déguiser un rat en moine, de le voir aménager son ermitage-fromage à grands efforts de grignotements, de montrer sa petite bedaine qui s'arrondit. La Fontaine a même pu se permettre d'évoquer, sans en avoir l'air, la guerre de Hollande: les malheurs des rats et des chats n'émeuvent personne et on oublie les cruautés d'un blocus, en riant du nom de Ratopolis, drôle et sonore comme un roulement de tambour.
Il faut préciser que dans les fables, les gens de robe (ermites, pèlerins, juges) sont des hypocrites qui sous couleur de religion ou de justice trompent et exploitent la naïveté populaire.
Les Fables de La Fontaine ont été publiées de 1668 à 1693, en deux recueils. Le premier recueil contient les six premiers livres ; c’est dans celui-ci que l’on trouve les textes les plus connus du fabuliste. Le deuxième recueil contient les six livres suivants, et l’on y trouve des textes souvent plus graves, plus réfléchis, dans lesquels le bestiaire caractéristique de La Fontaine n’apparaît plus réellement. Ici, nous sommes au Livre VII, où la fable « Le Rat qui s’est retiré du monde » occupe la troisième place. Nous sommes donc au tout début du deuxième recueil des Fables, et un animal y apparaît encore (le « rat »).
S’agit-il d’une fable de circonstance? Nous vivons à cette époque (vers 1675, date retrouvée dans le recueil de Trallage pour cette fable) la guerre de Hollande et le clergé régulier ne souhaite pas la financer gratuitement par les trois cent mille livres qui lui sont demandés. Ce clergé prétendait que les seuls dons qu’il devait au roi étaient ses prières. Remarquons que le fromage est « de Hollande ».Nous retrouvons un ermite gras et aussi hypocrite que celui-ci dans « Le Chat, la Belette et le petit Lapin » (F. VII, 16).Toujours est-il que la fable du rat est une invention de La Fontaine lui-même. Il s’agira de voir quelle raillerie du clergé se développe ici.
Depuis son origine Esopique, la fable donne la parole aux animaux. C'est une forme de travestissement qui permet de mettre en place la satire. La Fontaine met en place le personnage du rat qui est un personnage majeur de son bestiaire. Un rat se replie dans la solitude pour méditer et mener une vie contemplative ...On peut y voir 2 grands mouvements et une conclusion:
1. Vers 1 à 12: L'édifiante retraite du rat, et le profit qu'il en tire.
2. Vers 13 à 31: La requête des frères en difficulté, et sa réponse.
3. La conclusion vers 32 à 35, sous forme de question, qui donne avec humour le jugement de La Fontaine.
V.1 "Les Levantins en leur légende..."
Le fabuliste place le récit hors du Royaume, sage précaution contre un Monarque à la dévotion sourcilleuse. L'Orient, berceau de la vie contemplative, ne représentait peut-être pas grand-chose pour la plupart des contemporains de La Fontaine, mais lui qui avait passé un an et demi au couvent de l'Oratoire, connaissant bien les pères se Syrie et d'Egypte. Au cours des repas monacaux pris en silence, il avait pu entendre leur "légende", la vie par exemple de Siméon le Stylite ou d'Antoine de la Thébaïde. Et il s'amuse en associant ici les plus illustres ermites de la Chrétienté à l'histoire de son rat.
V.2 "Un certain rat, las des soins d'ici-bas,
dans un fromage de Hollande
Se retire loin du tracas.
La solitude était profonde,
s'étendant partout à la ronde".
Les motivations de l'animal ne sont pas d'ordre spirituel. Il veut être seul: "se retire ... solitude ... profonde", pour avoir la paix: "Las des soins (=des soucis) d'ici-bas... loin du tracas". Comme par hasard, il choisit l'aliment préféré de ses congénères pour s'y installer. "A la ronde" fait rire à cause de la forme du fromage. La précision "de Hollande", pays fort éloigné de l'Orient où nous voici, ajoute un détail incongru. On peut y voir aussi une impertinence: la guerre de Hollande qui vient de s'achever n'a pas été un "fromage" de tout repos!
V.7"Notre ermite nouveau subsistait là dedans.
Il fit tant de pieds et de dents,
Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage
Le vivre et le couvert: que faut-il davantage?
Il devint gros et gras: Dieu prodigue ses biens
à ceux qui font voeux d'être siens".
Nous avons la parodie d'une vie de saint consacrée à Dieu, "ceux qui font le voeu d'être sien", avec des mots édifiants: "subsistait" et "que faut-il davantage" suggèrent une humble vie de privations. "Il fit tant" rappelle les efforts des grands fondateurs, défricheurs, bâtisseurs. "En peu de jours ... ses biens" annonce des grâces miraculeuses, mais les faveurs accordées à notre ermite ne sont pas d'ordre spirituel, ni apostolique: "Le vivre et le couvert..." qui récompensent ses peines ne sonnent pas de façon très ascétique, pas plus que son embonpoint: "gros et gras...". Lui-même en s'activant "de pieds et de dents..." montre plus de voracité que de zèle religieux. Nous avons devant nous un mauvais moine, égoïste, hypocrite et glouton.
V.13 "Un jour, au dévot personnage
Des députés du peuple rat
S'en vinrent demander quelque aumône légère".
Sa réputation est établie "dévot...", la délégation a toute chance d'être bien accueillie, d'autant plus qu'il s'agit de ses frères du "peuple rat" et que la requête se montre discrète, avec l'indéfini "quelque" et limitée, à une "aumône légère".
Voici l'exposé de la situation:
V.14 "Ils allaient en terre étrangère
Chercher quelque secours contre le peuple chat;
Ratopolis était bloquée.
On les avaient contraints de partir sans argent
Attendu l'état indigent
De la république attaquée".
La timidité des pauvres mendiants, apparue avec "quelque aumône" dès le vers 15, est telle qu'ils n'osent pas s'adresser directement à l'ermite, et que tout leur discours s'exprimera au style indirect libre. Les suites irrégulières d'octosyllabes et d'alexandrins, donnent l'impression de plusieurs personnes qui se relaient pour accumuler les informations pitoyables: la "terre étrangère" c'est l'exil, "le peuple chat", c'est la menace du plus terrible des ennemis, le siège de la capitale, c'est la catastrophe, et l'indéfini "quelque secours" montre qu'ils n'ont pas gardé grand espoir de succès.
Ils poursuivent un plaidoyer coupé de silences embarrassés et suppliants devant un interlocuteur qui les laisse parler sans un mot d'encouragement. Ils disent leur détresse: "on les avait contraints de partir", leur dénuement: "sans argent", "état indigent", et l'urgence de leur cause; "république attaquée".
V.22 "Ils demandaient fort peu, certains que le secours
Serait prêt dans quatre ou cinq jours".
Le saint homme restant obstinément muet, ils minimisent les besoins: "fort peu", ils feignent une assurance: "certains" qui n'apparaissait nullement tout à l'heure, ils iraient presque jusqu'à promettre un remboursement!
V.24 "Mes amis, dit le solitaire,
Les choses d'ici-bas ne me regardent plus:
En quoi peut un pauvre reclus
Vous assister".
Le début est un encouragement: "mes amis", mais aussitôt, le rusé, sous couleur de renoncement au "choses d'ici-bas", loin de compatir aux maux des siens, utilise ce prétexte pour ne pas les prendre en compte et il fait étalage de sa faiblesse: "en quoi peut un pauvre reclus", pour se récuser. Le rejet du complément "vous assister" cherche à camoufler l'objet de son refus."Solitaire", c'était le nom que l'on donnait aux sévères jansénistes retirés à Port Royal, faut-il y voir un coup de patte?
V.27 "Que peut-il faire
Que de prier le ciel qu'il vous aide en ceci!
J'espère qu'il aura de vous quelque souci"
"Faire" l'action est bien maigre, puisqu'elle se réduit à "prier", et même sur ce plan, quelle mise en retrait! avec cette tournure dubitative: "que peut-il faire, que de...". Avec "qu'il vous aide", formule où il se décharge sur le Ciel de ce qui lui est demandé, avec 'en ceci', qui montre le désintérêt. Quelle froideur dans ce "J'espère", et quelle indifférence dans ce très léger "quelque souci".
V.30 "Ayant parlé de cette sorte,
Le nouveau saint ferma sa porte".
"Cette sorte", "nouveau saint" (qui fait écho à l'"ermite nouveau" du V.7) soulignent un comportement peu conforme à la tradition religieuse. La brusque rupture du second hémistiche: "ferma sa porte", qui coupe court à toute discussion, nous laisse aussi pantois que les pauvres ambassadeurs. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le souci d'autrui ne tourmente pas le personnage!
V.32 "Qui désignais-je, à votre avis,
par ce rat si peu secourable?
Un moine? non, mais un dervis:
Je suppose qu'un moine est toujours charitable".
*La Fontaine en s'impliquant à la première personne, et en nous interpellant: "à votre avis", donne au récit un sérieux inattendu et nous invite à réfléchir.Le mot "moine" deux fois répété, et le terme spécifiquement chrétien de "charitable" mettent nettement en cause le clergé catholique, malgré la vertueuse dénégation qui ne trompe personne.
*L'ironie contenue dans le dernier vers "je suppose..." serait une attaque trop grave sans l'allusion précédente au "dervis" (mystique de l'Islam), qui rejoint les "Levantins" du début dans une géographie de fantaisie et fait une diversion amusante.
conclusion
• Le titre l'annonçait et l'auteur prend soin de le rappeler durant tout le récit. Il le fait pour le plaisir plus que pour la prudence. C'est si drôle de déguiser un rat en moine, de le voir aménager son ermitage-fromage à grands efforts de grignotements, de montrer sa petite bedaine qui s'arrondit. La Fontaine a même pu se permettre d'évoquer, sans en avoir l'air, la guerre de Hollande: les malheurs des rats et des chats n'émeuvent personne et on oublie les cruautés d'un blocus, en riant du nom de Ratopolis, drôle et sonore comme un roulement de tambour.
Il faut préciser que dans les fables, les gens de robe (ermites, pèlerins, juges) sont des hypocrites qui sous couleur de religion ou de justice trompent et exploitent la naïveté populaire.
12 mai 2007 à 10h23 par goudarzi-lida :
Il faut cultiver notre jardin
Candide, conte philosophique, nous fait évoluer dans un monde à la fois réel et fictif à travers un pesonnage nommé Candide. Dans cette oeuvre Voltaire, philosophe des Lumières, critique et dénonce différents aspects de la société. Il est pour l’abolition de l’esclavage, de l’autodafé et veut rétablir une égalité entre les hommes.
Candide est sous-titré l’Optimisme. Voilà un détail révélateur des préoccupations de Voltaire : le philosophe a voulu se moquer d’un optimisme irraisonné, il a voulu ridiculiser ceux qui ne considèrent pas avec sérieux et respect le problème du mal. Voltaire attaque les enseignements de ses contemporains, Leibniz ou plutôt son disciple Wolff moins subtil que son maître, et, au travers d’un conte assez caustique, leur apporte la contradiction. Ainsi la question du mal est-elle au cœur de cet ouvrage, mais en même temps, Voltaire essaiera de donner une réponse personnelle qui puisse concilier la bonté divine avec l’existence du malheur.
En fait, ce livre se présente d'abord comme un roman d'aventures, un roman sentimental. Et si Voltaire tolère parfois le mirage du merveilleux, du fantastique, c'est par concession au goût du temps, pour amener un public infantile aux vérités de la raison. L'histoire n'est qu'un prétexte à instruire dans lequel l'humour ou l'ironie nous invite à ne pas nous laisser séduire par l'étrangeté du récit. Voltaire y justifie ses concessions au goût du temps.
De même le récit n'impose pas explicitement une idée, il invite le lecteur à réfléchir par lui-même, à tirer la leçon du récit : les aventures de Candide nous amènent peu à peu à revoir notre conception du mal et du bonheur. La morale de Candide est une invitation à réfléchir sur notre manière de traduire concrètement ce que nous avons compris au travers de la formule finale énigmatique.
Que veut dire exactement “il faut cultiver son jardin”, maxime devenue très célèbre de la fin du conte. Le conteur habile cherche à intriguer pour mieux faire réfléchir. Dans ce livre, la fiction du récit fictionnel est de permettre de voir la vérité du monde au-delà de l' apparence en simplifiant la complexité du monde réel et en donnant des leçons.
Le sens de cultiver son jardin est une façon figurée de dire qu’il faut travailler pour récolter les fruits de la vie, et éviter l’ennui, le vice et le besoin. Candide, lorsqu’il dit qu’il faut cultiver notre jardin, affirme que le travail est le moyen de parvenir au bonheur. En effet, à force d’efforts et de temps passé à cultiver son jardin, Candide pourra assurer sa subsistance et goûter à une vie paisible avec Cunégonde. Comme l’a dit le vieux Turc : «le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin». De plus, Candide est heureux lorsqu’il s’occupe de son jardin à lui, peu importe s’il est petit ou grand, et cesse d’essayer de comprendre et de connaître les événements vécus par les autres.
l’auteur veut nous faire comprendre deux choses .La première, plus subtile est qu’il ne faut pas se mêler de la vie des autres, qu’il ne faut pas prendre goût à médire des malheurs des autres.
Ensuite une idée générale se dégageait de l’ensemble du texte: Voltaire dit qu’il y trouve joie et sérénité et que si on s’abandonne à la luxure comme les rois, on n’est pas plus heureux et bien souvent on finit par être très malheureux. Il fait mention à la fin de son texte que s’il n’était pas arrivé tous ces malheurs à Candide, il ne serait pas là et Candide lui répond «Mais il faut cultiver notre jardin» En fait il lui dit : Mais désormais ce que je mange avec vous j’ai travaillé pour l'avoir. C’est seulement dans le travail qu’on trouve bonheur et satisfaction.
Lorsque Voltaire affirme «mais il faut cultiver notre jardin », il veut dire que le bonheur se trouve dans le travail. Selon lui, il ne faut pas se poser de questions philosophiques pour lesquelles on ne peut trouver de réponse. Au contraire, il suffit de travailler pour être heureux. En effet, il affirme dans le même livre: « Travaillons sans raisonner, dit Martin, c'est le seul moyen de rendre la vie supportable ». Donc, c’est là que la phrase « mais il faut cultiver notre jardin » prends tout son sens; pour récolter du bonheur, il faut travailler.
Voltaire veut dénoncer l'illusion de l'optimisme. Ainsi Voltaire nous dépeint un monde où le mal est une réalité omniprésente, conséquence surtout d’une nature humaine viciée. Il nous dépeint un monde livré au hasard, à un désordre malicieux et cruel parfois. Face à ce monde où le mal et le désordre règnent en maîtres, plusieurs attitudes sont possibles .Il existe d’abord l’attitude des profiteurs, de ceux qui aggravent le mal, de ceux qui admettent l’absence de lois morales et qui en profitent.
Deux attitudes par contre sont plus développées : le pessimisme et l’optimisme. La première est représentée par Martin. Le mal est partout, le bien n’existe pas. L’homme est intrinsèquement pervers, il est né pour l’angoisse ou l’ennui. Ce point de vue est proche de la sensibilité de Voltaire qui pourtant le refuse. Un tel système conduit immanquablement au fatalisme et à l’inaction.
La seconde attitude, l’optimisme, est critiquée au travers du personnage de Pangloss, celui qui discute de tout. Effectivement Voltaire tend à nous démontrer tout au long du roman que l’optimisme peut-être affirmé seulement au prix d’erreurs de raisonnement car l’expérience prouve l’omniprésence et l’universalité du mal. Voltaire critique au travers de ce personnage la théorie de Leibniz selon laquelle, en particulier, le mal serait « une ombre à un beau tableau ». Le mal servirait alors seulement à mettre en valeur le bien.
Voltaire, plus proche du pessimisme, renonce pourtant à cette position intellectuelle. Avec Candide, il nous montre que l’innocence peut exister et surtout que le pessimisme nous pousse à l’inaction s’il n’existe aucune espérance d’améliorer notre sort.
Voltaire se sauve finalement du désespoir et du pessimisme par l’action. Il pourrait nous faire croire que la pensée de Leibniz, grand philosophe et mathématicien du XVIIe siècle, est d’une stupidité affligeante. Il n’en est rien. Loin d’émouvoir notre sensibilité, Voltaire préfère toucher notre intelligence, il ne dénonce pas l’horreur mais l’absurdité. Candide, en fin de compte, est une œuvre séduisante beaucoup plus par ses simplifications, ses partis pris, ses rancunes, ses polémiques, sa virtuosité que par son contenu philosophique.
Candide brosse un portrait de notre humanité. On ne peut sans doute pas résoudre le problème de l'existence du mal, mais on peut tenter de vivre le moins mal possible. L'homme contemporain ne pense plus qu'à ses profits de ce monde, même au prix de détruire le jardin d'autrui. La moralité a perdu sa couleur, les hommes sont devenus cruels. Nous avons besoin d'une renaissance morale, d'un Voltaire qui nous fait penser à vivre sans gêner nos voisins. Il faut écrire cette formule de sagesse sur nos coeurs:
Il faut cultiver notre jardin.
Candide, conte philosophique, nous fait évoluer dans un monde à la fois réel et fictif à travers un pesonnage nommé Candide. Dans cette oeuvre Voltaire, philosophe des Lumières, critique et dénonce différents aspects de la société. Il est pour l’abolition de l’esclavage, de l’autodafé et veut rétablir une égalité entre les hommes.
Candide est sous-titré l’Optimisme. Voilà un détail révélateur des préoccupations de Voltaire : le philosophe a voulu se moquer d’un optimisme irraisonné, il a voulu ridiculiser ceux qui ne considèrent pas avec sérieux et respect le problème du mal. Voltaire attaque les enseignements de ses contemporains, Leibniz ou plutôt son disciple Wolff moins subtil que son maître, et, au travers d’un conte assez caustique, leur apporte la contradiction. Ainsi la question du mal est-elle au cœur de cet ouvrage, mais en même temps, Voltaire essaiera de donner une réponse personnelle qui puisse concilier la bonté divine avec l’existence du malheur.
En fait, ce livre se présente d'abord comme un roman d'aventures, un roman sentimental. Et si Voltaire tolère parfois le mirage du merveilleux, du fantastique, c'est par concession au goût du temps, pour amener un public infantile aux vérités de la raison. L'histoire n'est qu'un prétexte à instruire dans lequel l'humour ou l'ironie nous invite à ne pas nous laisser séduire par l'étrangeté du récit. Voltaire y justifie ses concessions au goût du temps.
De même le récit n'impose pas explicitement une idée, il invite le lecteur à réfléchir par lui-même, à tirer la leçon du récit : les aventures de Candide nous amènent peu à peu à revoir notre conception du mal et du bonheur. La morale de Candide est une invitation à réfléchir sur notre manière de traduire concrètement ce que nous avons compris au travers de la formule finale énigmatique.
Que veut dire exactement “il faut cultiver son jardin”, maxime devenue très célèbre de la fin du conte. Le conteur habile cherche à intriguer pour mieux faire réfléchir. Dans ce livre, la fiction du récit fictionnel est de permettre de voir la vérité du monde au-delà de l' apparence en simplifiant la complexité du monde réel et en donnant des leçons.
Le sens de cultiver son jardin est une façon figurée de dire qu’il faut travailler pour récolter les fruits de la vie, et éviter l’ennui, le vice et le besoin. Candide, lorsqu’il dit qu’il faut cultiver notre jardin, affirme que le travail est le moyen de parvenir au bonheur. En effet, à force d’efforts et de temps passé à cultiver son jardin, Candide pourra assurer sa subsistance et goûter à une vie paisible avec Cunégonde. Comme l’a dit le vieux Turc : «le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin». De plus, Candide est heureux lorsqu’il s’occupe de son jardin à lui, peu importe s’il est petit ou grand, et cesse d’essayer de comprendre et de connaître les événements vécus par les autres.
l’auteur veut nous faire comprendre deux choses .La première, plus subtile est qu’il ne faut pas se mêler de la vie des autres, qu’il ne faut pas prendre goût à médire des malheurs des autres.
Ensuite une idée générale se dégageait de l’ensemble du texte: Voltaire dit qu’il y trouve joie et sérénité et que si on s’abandonne à la luxure comme les rois, on n’est pas plus heureux et bien souvent on finit par être très malheureux. Il fait mention à la fin de son texte que s’il n’était pas arrivé tous ces malheurs à Candide, il ne serait pas là et Candide lui répond «Mais il faut cultiver notre jardin» En fait il lui dit : Mais désormais ce que je mange avec vous j’ai travaillé pour l'avoir. C’est seulement dans le travail qu’on trouve bonheur et satisfaction.
Lorsque Voltaire affirme «mais il faut cultiver notre jardin », il veut dire que le bonheur se trouve dans le travail. Selon lui, il ne faut pas se poser de questions philosophiques pour lesquelles on ne peut trouver de réponse. Au contraire, il suffit de travailler pour être heureux. En effet, il affirme dans le même livre: « Travaillons sans raisonner, dit Martin, c'est le seul moyen de rendre la vie supportable ». Donc, c’est là que la phrase « mais il faut cultiver notre jardin » prends tout son sens; pour récolter du bonheur, il faut travailler.
Voltaire veut dénoncer l'illusion de l'optimisme. Ainsi Voltaire nous dépeint un monde où le mal est une réalité omniprésente, conséquence surtout d’une nature humaine viciée. Il nous dépeint un monde livré au hasard, à un désordre malicieux et cruel parfois. Face à ce monde où le mal et le désordre règnent en maîtres, plusieurs attitudes sont possibles .Il existe d’abord l’attitude des profiteurs, de ceux qui aggravent le mal, de ceux qui admettent l’absence de lois morales et qui en profitent.
Deux attitudes par contre sont plus développées : le pessimisme et l’optimisme. La première est représentée par Martin. Le mal est partout, le bien n’existe pas. L’homme est intrinsèquement pervers, il est né pour l’angoisse ou l’ennui. Ce point de vue est proche de la sensibilité de Voltaire qui pourtant le refuse. Un tel système conduit immanquablement au fatalisme et à l’inaction.
La seconde attitude, l’optimisme, est critiquée au travers du personnage de Pangloss, celui qui discute de tout. Effectivement Voltaire tend à nous démontrer tout au long du roman que l’optimisme peut-être affirmé seulement au prix d’erreurs de raisonnement car l’expérience prouve l’omniprésence et l’universalité du mal. Voltaire critique au travers de ce personnage la théorie de Leibniz selon laquelle, en particulier, le mal serait « une ombre à un beau tableau ». Le mal servirait alors seulement à mettre en valeur le bien.
Voltaire, plus proche du pessimisme, renonce pourtant à cette position intellectuelle. Avec Candide, il nous montre que l’innocence peut exister et surtout que le pessimisme nous pousse à l’inaction s’il n’existe aucune espérance d’améliorer notre sort.
Voltaire se sauve finalement du désespoir et du pessimisme par l’action. Il pourrait nous faire croire que la pensée de Leibniz, grand philosophe et mathématicien du XVIIe siècle, est d’une stupidité affligeante. Il n’en est rien. Loin d’émouvoir notre sensibilité, Voltaire préfère toucher notre intelligence, il ne dénonce pas l’horreur mais l’absurdité. Candide, en fin de compte, est une œuvre séduisante beaucoup plus par ses simplifications, ses partis pris, ses rancunes, ses polémiques, sa virtuosité que par son contenu philosophique.
Candide brosse un portrait de notre humanité. On ne peut sans doute pas résoudre le problème de l'existence du mal, mais on peut tenter de vivre le moins mal possible. L'homme contemporain ne pense plus qu'à ses profits de ce monde, même au prix de détruire le jardin d'autrui. La moralité a perdu sa couleur, les hommes sont devenus cruels. Nous avons besoin d'une renaissance morale, d'un Voltaire qui nous fait penser à vivre sans gêner nos voisins. Il faut écrire cette formule de sagesse sur nos coeurs:
Il faut cultiver notre jardin.
28 sep 2005 à 15h18 par petula :
il est vremen trés bien expliqué domage kil ni é pa lintroduction o texte mé sinon il é super
