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Dissertation : Dissertation sur Le Petit Bourgeois

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12 mai 2011 à 11h08 par Constance :
I. L’art du portrait
1. L’apparence générale de Poupillier : une description ordonnée, de la tête aux pieds, en
trois phrases.
a) Tête : « barbe », « cheveux » suggérés (« il était impossible »), ce qui laisse libre cours à l’imagination.
b) « courbé presque en deux » : la tête est à mi-hauteur de la taille réelle. Le lecteur se pose des questions : âge ? humilité ?
Ses mains : « une main tremblotante, une main couverte de lichen qui se voit sur les granits ». Insistance sur le thème de la
main, allusion à la main tendue du mendiant ; « lichen » : terme polysémique : 1. Maladie de peau caractérisée par des petites
saillies violacées, sèches et dures. 2. Végétal formé par l’association d’un champignon et d’une algue verte, fréquent sur les
rochers et les arbres. Il y a un jeu de Balzac sur ce double sens pour amener le terme « granits », connotant la dureté et la
longévité.
c) Au niveau des mains se trouvent les accessoires : « bâton », pour s’appuyer, puisque Poupillier marche courbé, et « chapeau
». Ce dernier est bien décrit, avec trois objectifs et un complément déterminatif : « le chapeau classique, crasseux, à larges
bords, rapetassé » dans lequel tombaient d’abondantes aumônes. ». Le dernier terme, « aumônes », éclaire ce qui précède : on
a affaire à un mendiant. Le chapeau est longuement décrit car c’est un instrument de travail ; mais il n’a rien de spécial, il
témoigne de la misère de son possesseur.
d) « Ses jambes, entortillées dans des linges et des haillons » : il ne porte pas un pantalon à proprement parler, mais plutôt des
guenilles indéfinissables (« linges », « haillons »).
e) Ses chaussures et sa démarche : « Ses jambes traînaient d’effroyables sparteries ». L’adjectif « effroyables » est
hyperbolique et non descriptif : c’est un appel à l’imagination du lecteur. Le verbe « traîner » évoque une démarche lente,
difficile. Le sujet du verbe est « ses jambes » et non : « il », comme s’il avait perdu la tête et que ses gestes soient devenus
involontaires.
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2. Le comédien
a) La comédie de la maladie révélée après la présentation générale du personnage
- Son visage : « Il se saupoudrait le visage d’ingrédients qui simulaient des taches de maladies graves ». Il se grime, comme un
acteur (« saupoudrait », « simulaient ») ! on se demande s’il n’en va pas de même de sa « main couverte de lichen ».
- Ses jambes sont « entortillées dans des linges », ce qui fait penser à des pansements, à des bandages mal faits.
b) La comédie de l’âge
- Ses mensonges : « Il eut cent ans à compter de 1825, et il en avait réellement soixante-dix ». Première proposition : style
indirect libre. Mais cela est présenté comme une certitude : les gens le croient. Deuxième proposition : démenti ; l’auteur révèle
la vérité cachée ; « et » a ici une valeur d’opposition très forte.
- Sa « main tremblotante », et le fait de se « traîner », « courbé en deux » relève peut-être de la même comédie.
c) Un comédien hors pair
- « il jouait admirablement la sénilité ». « Jouer » : lexique théâtral’ « admirablement »: Balzac se place ici au point de vue du
spectateur devant un grand acteur.
- L’efficacité de ce jeu d’acteur : dans son chapeau « tombaient d’abondantes aumônes ». Imparfait d’habitude. L’adjectif
« abondantes » connote presque la richesse, par opposition à « aumônes ». Balzac suggère un contraste entre la réalité (la
richesse) et l’apparence (la mendicité).
3. Autres traits de caractère
a) L’avarice, trait dominant : « En 1820, l’avarice et sa passion pour le vin furent les deux sentiments qui lui restèrent ; mais il
régla le second et s’adonna tout entier au premier » Emploi du terme « sentiments » : ironie de Balzac. Le verbe « s’adonner »
signifie : « se livrer entièrement à quelque chose » ; c’est un don total de soi, une passion qu’augmente avec l’âge (vrai
psychologiquement). Exemple : Poupillier « empochait les trois quarts des dons », lors des cérémonies ; il est avide (« les trois
quarts ») ; le verbe « empocher » est polysémique : il récoltait l’argent et le mettait dans sa poche au sens propre (on voit le
geste).
b) L’alcoolisme, trait second, mais dominé : il le « régla ». « Il buvait le soir », « il s’endormit pendant vingt ans dans les bras de
l’ivresse, sa dernière maîtresse ». Ordinairement, c’est l’amour qui est comparé à une ivresse (on parle de l’ivresse des sens).
Ici c’est l’inverse. La métaphore prolongée (« bras », « maîtresse ») est annoncée par « sentiments », ironique. En réalité, il ne
reste à Poupillier que deux vices.
c) Goût du confort, caché : il portait « d’effroyables sparteries en dedans desquelles il adaptait d’excellentes semelles en crin ».
À l’apparence « effroyables » s’oppose la réalité, « excellentes », comme à « sparteries » s’oppose « semelles en crin ».
L’aptitude de Poupillier à la dissimulation et son adresse sont traduites par « en dedans » et « adaptait ». On sait aussi qu’« il
buvait le soir, après dîner » ; il avait donc un vrai repas (un « dîner ») tous les jours et s’autorisait ensuite des excès auxquels il
tenait (« il buvait », « ivresse »).
4. De l’individu au type humain
a) C’est « le chef des mendiants », le modèle idéal des mendiants, celui qui pousse leurs traits jusqu’à leur paroxysme.
b) C’est le plus spectaculaire physiquement : « Dans tout Paris, il était impossible de trouver une barbe et des cheveux comme
ceux de Poupillier ». Sorte de superlatif peu vraisemblable.
c) Il joue la comédie de la maladie et de l’âge.
d) C’est un alcoolique.
c) Il a plus d’argent que ce qu’on croit (« abondantes aumônes », « les trois quarts des dons » et il exerce presque un racket sur
les autres pauvres : il s’inscrit aussi de ce fait dans le type de « l’avare ».
II. Réalisme et société
1. Le choix du sujet
Le sujet est présenté, sinon comme vécu, du moins comme vraisemblable :
- « Dans tout Paris » : localisation romanesque fréquente.
- Les dates ! calcul rapide du lecteur : en 1825, Poupillier a soixante-dix ans ; de 1820 à 1840, il s’endort « dans les bras de
l’ivresse » ! en 1840, il a quatre-vingt cinq ans. Le roman étant écrit en 1843-1844, l’action est quasiment contemporaine de
l’écriture.
- Le milieu décrit est celui de la mendicité. Apparaissent aussi les auxiliaires de l’Église, le suisse, le bedeau et le « donneur
d’eau bénite », les « agents de police » et les paroissiens qui pratiquent la charité.
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2. Les personnages autres que Poupillier
a) Des personnages médiocres : les autres mendiants. On distingue deux catégories :
- les « acolytes » de Poupillier. Ce terme signifie : « complice d’une mauvaise action ». Ce sont ses compagnons habituels, ils
sont soumis à un « tribut » qui manifeste leur dépendance et qu’ils acceptent, tout comme le partage du lion : Poupillier
« empochait les trois quarts des dons et ne donnait qu’un quart à ses acolytes ».
- Les mendiants de passage ; ils paient à Poupillier « une espèce de dîme », signe là aussi de soumission.
b) Des personnages dupes de la comédie de Poupillier :
- Les paroissiens qui lui donnent d’ « abondantes aumônes » ; ces aumônes sont beaucoup plus importantes (snobisme ?) lors
des funérailles, mariages, baptêmes. La façon de donner se veut généreuse, mais en même temps elle est négligente : « Voilà
pour vous tous, et qu’on ne tourmente personne ». On veut être tranquille et vite.
- Ceux qui travaillent en relation avec l’église sont eux aussi les dupes de Poupillier : le suisse, le bedeau, le donneur d’eau
bénite. Quant à « la paroisse », elle évoque, bien sûr, le curé. Le suisse désignait Poupillier « comme son successeur », ce qui
signifie qu’il le désignait pour qu’on lui donne l’argent et qu’il fasse la police, c’est-à-dire un partage équitable, chez les
mendiants. Là aussi, il y a une certaine forme de négligence : le suisse se moque bien de savoir ce que Poupillier fera.
3. Moeurs et fonctionnement de la société des mendiants
C’est une société hiérarchisée.
a) Le chef des mendiants
- Un vrai professionnel : Il est devant l’église du matin au soir sans discontinuer et ne boit qu’une fois « l’église fermée ». Il évite
de boire durant la journée probablement pour surveiller les autres. C’est le plus comédien de tous, le plus efficace dans la
récolte des subsides.
- C’est « le maître de la place » avec un jeu sur la polysémie du dernier terme ; c’est le maître de la place de l’Église, et de la
bonne place pour demander la charité. Il a l’ancienneté pour lui et « tous ceux qui venaient mendier sous les arcades de l’église
» devaient lui payer une sorte de loyer.
- Son autorité s’appuie enfin sur l’Église dont il a gagné « la protection », ce qui lui permet, ainsi qu’aux autres, d’être « à l’abri
des persécutions des agents de police ». « Persécution » est un terme très fort qui signifie : « ensemble de mesures violentes,
cruelles et arbitraires prises à l’égard d’une communauté religieuse, ethnique, etc. ». Les mendiants sont une communauté avec
un ennemi, la police et un allié, l’Église grâce à l’habileté du chef.
b) Ses subalternes (tous les autres mendiants)
Ce sont en quelque sorte les sujets, car ils paient des impôts, « tribut » ou « dîme ». Le terme « dîme » renvoie à l’Ancien
Régime ! On pense à la Cour des Miracles présidée par le roi des gueux.
4. L’esthétique réaliste
a) La composition. La présentation du personnage est adossée à la description d’un milieu :
- À partir de : « Dans tout Paris » jusqu’à « soixante-dix » : portrait physique minutieux et moral de Poupillier.
- À partir de : « Il était le chef des pauvres » jusqu’à « un sou par jour » : description du milieu.
- À partir de : « En 1820 » jusqu’à : « sa dernière maîtresse » : retour au portrait moral de Poupillier. La composition fait ressortir
la détermination du personnage par le milieu.
b) Un lexique concret, précis, voire technique :
- Les indications temporelles : 1825, 1820, « pendant vingt ans ».
- Termes techniques : « lichen », « sparteries », « suisse », « bedeau ».
- Termes pittoresques : « entortillées », « empochait ».
- Grande précision pour tout ce qui touche à l’argent : « dîme », « les trois quarts », « un quart », « un sou par jour ».
c) Vérité de la seule phrase au style direct (entre guillemets) : « voilà pour vous tous, et qu’on ne tourmente personne ».
d) Pas de morale : Balzac constate simplement le fonctionnement de la société. Néanmoins, on sent son admiration amusée
pour Poupillier qui trompe tous ces médiocres.
Conclusion rédigée
Ainsi, cet extrait des Petits Bourgeois est assez caractéristique de Balzac. Il présente un milieu et dans ce milieu peint un
personnage, lié ou opposé aux autres par des passions si puissantes qu’elles en font un type. Poupillier est un personnage très
vivant par son physique, ses passions, son tempérament, ses moeurs. Il devient le type du mendiant et justifie par son caractère
son insertion dans La Comédie humaine. Le romancier, par la stylisation qu’il lui fait subir, lui confère une ampleur théâtrale.
Pourtant Balzac ne dénature pas la réalité : il en accentue les contours. C’est pourquoi on peut le qualifier de visionnaire.

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