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Commentaire composé : Commentaire Littéraire

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31 jan 2015 à 12h07 par ilan :


Dernier volet de la quatrième journée (la plus longue : vendre = chap. 5-6-7).

Avant dernier chapitre qui représente l’apogée de l’histoire entre Anne et Chauvin avant le dénouement du chapitre 8.

Ce chapitre qui raconte un dîner mondain chez Anne représente une infraction caractérisée de tout ce qui précède aussi bien sur le plan de l’histoire que sur le plan narratif.



I/ L’histoire d’une transgression



1) Une histoire différente



L’histoire s’était essentiellement déroulée autour du tête-à-tête des deux amants accompagné par l’enfant. Ici, ils sont séparés, Anne étant à l’intérieur (dîner) tandis que Chauvin (« un homme », « l’homme », jamais nommé…) ère sur le boulevard et sur la plage. Ils sont en proie au même désir violent symbolisé par l’odeur du magnolia pour lui et par celui que porte Anne entre ses seins pour elle. Entre eux, il y a des personnages qui font obstacle : LE MARI (« un homme », « on »), LES INVITES (anonymes, on ne connaît que le nombre : 15).

On remarque que c’est Chauvin qui pour la première fois a l’initiative : c’est lui qui vient vers Anne tandis qu’à l’ordinaire, c’est Anne qui vient à lui dans le café.

Aux discussions sur l’histoire des deux amants criminels se substituent le récit du repas.



2) Un espace-temps interdit



On pénètre dans un espace interdit jusque là. Le texte a franchi les grilles soigneusement fermées et nous pénétrons dans la maison d’Anne (plus le café). Les paroles de Chauvin essayaient de forcer cette barrière en la forçant à parler de son salon, sa chambre, son lit.

Le temps n’est plus le même ; (avant : de 5 à 7h -> de plus en plus tard) cette scène se déroule la nuit (« la nuit noire du printemps naissant »), passage du désir à la jouissance.



3) La transgression des codes sociaux



Anne avait déjà commencé : boire du vin, dans un café, avec un homme, ex employé de son mari…

Ici, cela commence par le retard d’Anne (« elle arriva ce soir, bien plus tard qu’hier », « ceux qui l’attendirent », « Anne est en retard », …), elle ne s’excuse pas (« ne s’excusa nullement », « on le fit à sa place » => important montré par la redondance « Anne est en retard, excusez Anne ») et elle ne s’est pas apprêtée pour cette soirée (« désordre blond de ses cheveux », « elle oublia ce soir de les farder »). Elle fait scandale par son absence, son incapacité à participer à la conversation (« Anne n’a pas entendu », « essaye de remonter le cours de la conversation, n’y arrive pas »), ainsi que par son état d’ébriété (« dans ses yeux élargis, immodérés », « des lueurs de lucidité passent encore », « un sourire fixe rend son visage acceptable ») Anne franchit les bornes (« on ose enfin le dire », « elle exagère »).



Mais ce ne sont pas seulement les usages mondains qui sont transgressés par Anne, ce sont toutes les normes narratives établies jusqu’ici.



II/ Un fonctionnement transgressif



1) Le rapport récit / discours



Jusqu’ici, le récit était intercalé dans le dialogue omniprésent et surtout, c’est le dialogue qui concentrait le peu d’action. Ici, nous sommes dans un récit pur, de faits, d’actions. Il y a quelques bribes d’action qui sont inséré dans le récit conjonctif. Les dialogues sont réduits à quelques mots. De plus, ils sont épars et répètent le récit (« Anne est en retard, excusez Anne »). Le langage se réduit à une espèce de fonction phatique. Les seules paroles intéressantes sont rapportées au discours indirect (« qu’elle exagère ») et sont prononcées par les domestiques.



2) Un nouveau point de vue



C’est sur ce point que l’infraction est la plus nette. C’est un récit de pure action, mais aussi de transcription de pensées. Le narrateur est plus que jamais observateur, mais il a changé de nature. Il n’est plus seulement lié à Anne. Avant, le récit suivait systématiquement Anne tandis qu’ici, on s’aperçoit de l’alternance dedans / dehors. Le narrateur voit à l’extérieur, dans les cuisines ; il est le regard des invités sur Anne, le regard du mari. Ce narrateur pénètre pour la première fois dans les consciences (« un homme rode, une femme le sait », « essaye de remonter le cours de la conversation, n’y arrive pas », « un homme, face à une femme, regarde cette inconnue » -> le mari ne reconnaît plus sa femme)

=> OMNISCIENT



3) Le jeu des temps



Le présent est utilisé (et plus le passé simple). C’est le récit des faits à la suite logique des évènements (vendredi, suit le chapitre précédent). On note quelques passés simples (« ajusta », « attendirent », « entra », « s’excusa », « arriva », « oublia ») qui souligne des analepses qui comblent l’ellipse entre la fin du chapitre 6 et le début du repas. Le présent est utilisé pour marquer que dans ce décors si factice, il se passe réellement quelque chose qui n’est pas au niveau de la réception mondaine mais entre les deux amants (dedans : femme absente ; dehors : l’homme). Rapprochement intense et fantasmé entre eux, grâce à la conjonction de leur désir mutuel. Ils sont mis sur le même plan : un homme / une femme. La fleur de magnolia la relie aux parfums qui montent. Désir qui va s’intensifier de plus en plus au cours du chapitre.



Ce fonctionnement transgressif n’est pas gratuit, il est au service d’une dénonciation.

III/ Au service d’une dénonciation de la société bourgeoise



1) La condamnation de l’ordre bourgeois



Le narrateur a perdu son objectivité, jusqu’ici distant et neutre, il critique, prend parti et se livre à un commentaire idéologique mais très clair. L’ironie est réservée au rite de la réception mondaine. Utilisation de nombreuses figures de styles : rythme pompeux qui marque le cérémonial et qui sert à dénoncer le vide et la superficialité qui se cache derrière le rituel.

On peut noter un riche réseau lexical du rituel (« rituel », « il est bien séant », « cérémonial »). Cette insistance du rituel est la pour dénoncer le vide et l’absurdité de ses convenances (« ne s’entache d’une trop évidente absurdité »). Cette importance contraste avec l’insignifiance des paroles échangées.

On insiste sur la crainte que quelque chose ne vienne remettre en cause cet ordre : Anne et son incongruité (« sinon la peur cachée de chacun », « la crainte d’un manquement quelconque au cérémonial »). Celle-ci commence néanmoins à transparaître (« si son incongruité la dévore, elle ne peut s’imaginer »).



2) La condamnation de la société de consommation



On trouve un réseau lexical de la mort (« marche inéluctable vers sa totale disparition », « canard mort », « linceul d’orange »). Belles métaphores pour décrire le processus de digestion.



3) L’authenticité du désir



En contre point, le narrateur se fait presque lyrique pour évoquer l’extérieur (« les magnolias versent leurs odeur de dunes en dunes jusqu’à rien »). Le symbolisme du magnolia se retrouve dans le parfum de ceux du parc. L’hypallage (« le désordre blond de ses cheveux ») montre qu’elle dérange et fait référence à l’aspect extérieur.



Conclusion



Nous avons constaté à quel point dans ce début de chapitre le récit fonctionnait en opposition avec le code général du texte. Cette infraction aux codes du récit correspond à l’infraction sociale qu’Anne pousse à son comble et surtout publiquement. L’infraction majeure n’est-elle pas d’introduire, comme le fait le texte, le dérèglement à l’intérieur même de l’espace sacré de la maison. Dehors, il pouvait resté supportable, ignoré. Le crime est surtout de ne plus être capable de dissimuler ce qu’elle tente encore de faire. L’infraction d’Anne se confond avec celle du texte, les deux niveaux se répondent.



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