L'ingénu


Un pamphlet

A L’Ingénu revient la triple tâche d’une critique politique, sociale et religieuse qui dénonce : les défauts de la monarchie absolue, la corruption du pouvoir, l’étroitesse d’esprit, voire le fanatisme religieux. Problèmes d’ailleurs liés dans la mesure où l’Eglise et l’Etat déterminent également la monarchie de droit divin.

Toute l’efficacité de ce pamphlet réside dans le style voltairien : en substituant la raillerie à la diatribe, la suggestion à l’énonciation, la désinvolture à l’injure, l’ironie sollicite en effet l’intelligence du lecteur qui vient du texte de plein gré pour en déchiffrer le discours sous-entendu.

Un conte philosophique

L’Ingénu soulève les questions qui ont toujours préoccupé Voltaire. Au-delà du débat qui oppose Nature et Culture, et pour lequel se sont passionnés tous les philosophes, apparaissent les préoccupations plus proprement voltairiennes : la perception scientifique du monde, la représentation de l’histoire, la persistance du mal, l’impuissance de la métaphysique.Mais surtout, L’Ingénu ébauche une définition de certains droits imprescriptibles de l’homme : la liberté, la dignité, le respect. Œuvre indissociable de l’action menée par un Voltaire luttant pour que les rapports humains reposent enfin sur une reconnaissance mutuelle de ces droits.

Une réussite romanesque

Mais si L’Ingénu a conservé à nos yeux son attrait, c’est à ses qualités littéraires qu’il le doit. D’autres contes voltairiens témoignent déjà de la maîtrise de leur auteur dans l’art de raconter : l’attention du lecteur est sans cesse maintenue en éveil par les effets de surprise, le mouvement, la précision des enchaînements.L’Ingénu va cependant plus loin dans le romanesque sentimental en intégrant et reconnaissant ses thèmes. L’amour contrarié, la vertu outragée, la mort de l’héroïne irréprochable. Le personnage de Saint-Yves donne au conte philosophique une véritable tonalité sentimentale

Le roman d’apprentissage

 

Tout en classant L’Ingénu dans les romans d’apprentissage, on peut souligner son originalité quant à ce schéma : la rupture de l’Ingénu avec son existence antérieure l’amène en fait à renouer des liens plus anciens avec son pays, sa famille, et nous avons noté déjà le rôle de l’apprentissage que joue ce passé ; quant au voyage, nous avons vu qu’il échoue rapidement dans un lieu clos qui s’avère contenir le monde ; enfin le maître se transforme autant que son élève. En effet l’apprentissage, dans L’Ingénu, n’est pas exclusivement réservé au naïf, puisqu’on observe également la métamorphose se Saint-Yves (Vous n’êtes point non plus la même, (lui) dit prieur…- chap. XIX-) et celle de Gordon.

 


Chap. I : Un soir de juillet 1689, dans la baie de Saint-Malo, l’abbé de Kerkabon et sa sœur voient accoster un navire anglais. En débarque un Huron dont l’amabilité les charme tant qu’ils l’invitent à souper au prieuré de la Montagne. D’autres personnages se joignent à eux : l’abbé de Saint-Yves et sa sœur, le bailli et sa femme. La discussion est animée : on interroge le Huron, dit L’Ingénu, sur son passé, sa langue et sa religion. Celui-ci n’est pas insensible au charme de Mlle de Saint-Yves.

Chap. II : Le lendemain, L’Ingénu, au moment de prendre congé de ses hôtes, leur offre deux miniatures où l’abbé et sa sœur reconnaissent les portraits de leur frère et de sa femme, disparus au Canada vingt ans plus tôt : le Huron n’est autre que leur propre neveu. La nouvelle déclenche un enthousiasme général. Le prieur et l’abbé décident de baptiser l’Ingénu lorsqu’ils l’auront instruit. Parallèlement, l’intérêt que se témoignent le Huron et Mlle de Saint-Yves se précise.

Chap. III : Après avoir étudié le Nouveau Testament, l’Ingénu accepte d’être baptisé. Son interprétation naïve des textes saints donne lieu à des situations cocasses, telle la scène où il exige, en échange de sa propre confession, celle du moine à qui il vient de se confesser. Le jour de la cérémonie, au grand désespoir de toute l’assemblée, il reste introuvable. Mlle de Kerkabon et Mlle de Saint-Yves le découvrent enfin, debout au bord de la rivière.

Chap. IV : Par fidélité aux textes, l’Ingénu désire en effet qu’on le baptise dans la rivière. Seule Mlle de Saint-Yves, après les vaines tentatives du prieur, du bailli, de l’évêque, réussit à fléchir son entêtement. Le baptême peut avoir lieu : Mlle de Saint-Yves a la joie d’être la marraine, et l’Ingénu reçoit le nom ridicule d’Hercule. La cérémonie est suivie d’un dîner.

Chap. V : A l’issue de ce dîner, Hercule vit Saint-Yves se déclarent leurs sentiments. Le lendemain matin, le prieur fait part de ses projets à son neveu : qu’il devienne sous-diacre, il lui cédera son prieuré. L’Ingénu est disposé à faire tout ce qu’on voudra, à condition qu’on lui accorde Mlle de Saint-Yves. Lorsque son oncle lui représente qu’il est impossible à un filleul d’épouser sa marraine, décidant de n’en faire qu’à sa tête, il court chez Saint-Yves dans l’intention de l’épouser. 

Chap. VI : Convaincu d’avoir pour lui la loi naturelle, il se précipite dans sa chambre. Aux cris de la jeune fille, la maisonnée accourt. L’abbé de Saint-Yves tente alors d’explique à l’Ingénu la nécessité de certaines conventions. Après l’avoir envoyé chez lui, et sur le conseil du bailli qui désire voir son fils épouser Saint-Yves, il décide de faire mettre sa sœur dans un couvent. Le lendemain, lorsqu’on lui fait part de cette nouvelle, l’Ingénu est hors de lui.

Chap. VII : Désespéré, il marche sans but sur le rivage, quand il rencontre une milice affolée par l’approche de navires anglais. Il se range aux côtés des combattants, et réussit à repousser l’ennemi. Puisqu’il s’est distingué dans la bataille, on l’encourage à se rendre à Versailles où le roi récompensera ses mérites. Il quitte la Basse-Bretagne dans l’espoir d’obtenir également de celui-ci la main de Saint-Yves

Chap. VIII : En chemin, dans une hôtellerie de Saumur, il rencontre un groupe de protestants en fuite, qui lui exposent leurs malheurs, et lui expliquent la politique royale. Profondément ému, l’Ingénu promet d’intercéder en leur faveur auprès du roi. Cependant un espion du père de La Chaise, confesseur du roi, écoute leur conversation.

Chap. IX : À Versailles, un garde du corps breton doit instruire l’Ingénu des usages de la cour. On ne rencontre pas si facilement le roi. Hercule de Kerkabon patiente longuement avant d’être finalement reçu par un commis que son comportement étonne. Cependant le père de La Chaise a reçu deux lettres de dénonciation : celle de son espion, et une autre du bailli breton. Dans la nuit, l’Ingénu, est arrêté, puis embastillé. La cellule où on enferme est déjà occupée par Gordon, un vieux prêtre janséniste.

Chap. X : Confidences et conversations rapprochent les deux captifs. L’Ingénu, bien qu’il reste préoccupé de Saint-Yves, commence à s’instruire sous la conduite de Gordon : il découvre la physique, la philosophie, l’histoire. Ses dons surprennent le vieux janséniste.

Chap. XI : La compagnie de Gordon, et les lectures, transforment l’Ingénu. Le prêtre pousse le Huron à noter des réflexions dont la sagesse l’étonne, et qui ébranlent ses certitudes de janséniste. Histoire, astronomie, l’apprentissage du jeune homme se poursuit.

Chap. XII : L’Ingénu aborde les œuvres dramatiques, expose son goût à Gordon, récite avec émotion les vers qu’il aime, et qui exaltent ses sentiments amoureux

Chap. XIII : Plusieurs mois se sont écoulés. L’abbé de Kerkabon et sa sœur, inquiets de la disparition de leur neveu, se lancent à sa recherche. Mais, à Paris, aucune de leurs démarches n’aboutit. De son côté, Saint-Yves, qu’on a sortie du couvent pour la marier au fils du bailli, est décidée à retrouver son bien-aimé. Elle s’enfuit le matin de la cérémonie, poursuivie par son frère, le bailli et son fils. A Versailles, ne sachant où loger, elle consulte un jésuite, le père Tout-à-Tous, qui la conduit chez l’une de ses pénitentes. Par le commis qui a reçu l’Ingénu, elle apprend que celui-ci a déjà passé près d’un an à la Bastille, et que seul M. de Saint-Pouange, favori de M. de Louvois, peut lui venir en aide.

Chap. XIV : Les progrès de l’Ingénu sont si extraordinaires, et son bon sens si convaincant, que Gordon en vient à douter des opinions et des convictions jansénistes qui lui ont valu la prison. Les deux amis sont de plus en plus unis contre l’injustice dont ils sont l’objet, et le vieillard apprend à estimer les sentiments que l’Ingénu éprouve pour Saint-Yves.

Chap. XV : En arrivant chez Saint-Pouange, Saint-Yves aperçoit son frère, qui l’a devancée. Touchée par sa beauté et son chagrin, le sous-ministre la prie de revenir le soir même. Il lui montre alors les lettres de dénonciation, puis lui promet la libération de son amant, à condition qu’elle cède à ses avances. Elle quitte son cabinet bouleversée.

Chap. XVI : Le lendemain, elle se confie au père Tout-à-Tous. D’abord indigné, celui-ci se ravise en apprenant l’identité du séducteur : Mlle de Saint-Yves peut lui céder sans péché puisqu’elle n’est pas encore mariée à l’Ingénu, et qu’elle ne commettrait cet acte que dans l’intention, qui est pure, de délivrer celui-ci. Ces raisonnements la laissent horrifiée.

Chap. XVII : L’amie qui la loge renchérit sur les déclarations du jésuite : Saint-Yves doit céder : on la louera de s’être sacrifiée pour obtenir la liberté de son amant. Elles reçoivent alors de Saint-Pouange une invitation à souper, à laquelle Saint-Yves refuse de répondre. Le soir, malgré sa résistance, son amie réussit à l’entraîner. Après le repas, tourmentée, désespérée, Saint-Yves finit par céder à Saint-Pouange.

Chap. XVIII : Le lendemain, déchirée entre le bonheur et le remords, elle court délivrer son bien-aimé. Bouleversé, l’Ingénu apprend pourquoi on l’a emprisonné et, en partie, comment Saint-Yves a pu le faire libérer. Ne pouvant se résoudre à abandonner Gordon, il demande à sa bienfaitrice d’obtenir aussi la libération de son ami. Quoiqu’avec répugnance, elle écrit donc à Saint-Pouange, puis tous deux quittent la prison et rejoignent, dans la maison où il loge, l’abbé de Sint-Yves. Là, elle reçoit la grâce du janséniste, et refuse le rendez-vous que Saint-Pouange lui propose en échange.

Chap. XIX : Le prieur et Mlle de Kerkabon, l’abbé de Saint-Yves et sa sœur, son tout à la joie des retrouvailles. Mlle de Saint-Yves, cependant, semble embarassée et tourmentée. L’Ingénu les rejoint avec Gordon qu’il est allé délivrer. C’est alors que l’amie de Versailles fait irruption, venue rappeler à la jeune fille son rendez-vous. Celle-ci refuse de la suivre, et la renvoie. Mais, troublée par cette scène, et par l’effet qu’elle produit sur l’Ingénu, elle se retire, souffrante, et se couche. Après le repas, on lui rend visite et s’aperçoit de la gravité de son état.

Chap. XX : Les médecins sont incapables de guérir Saint-Yves. Torturée par le remords, elle meurt après avoir avoué ce qui la tourmente, laissant l’Ingénu désespéré. Venu lui rendre visite, Saint-Pouange est pris de regret à la vue des malheurs qu’il a provoqués. L’Ingénu, devenu philosophe et officier de Louvois, garde sa vie durant le souvenir de sa fiancée. Quant à Gordon, il reste jusqu’à sa mort aux côtés de l’Ingénu