Le Bal du comte d'Orgel

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Vos 7 commentaires sur Le Bal du comte d'Orgel

16 nov 2009 à 17h38 par :
Vous etes tous des cons !!

05 oct 2009 à 21h50 par kimy :
boff
moi je ne comprends rien sur ce livre!!!

05 avr 2009 à 16h44 par Frontere :
Je viens de lire le résumé qui est hélas! bourré de fautes ce qui discrédite l'analyse pourtant des plus correctes.

26 juil 2008 à 07h01 par M.Isabelle :
"Mais le comte est incapable de comprendre les aveux de Mahaut, il est toujours sur sa planète faite de plaisirs et de loisirs." Je ne suis pas tout a fait d'accord, je pense plutôt qu'Anne est "enfermé" dans ce monde frivole et mondain. Cette frivolité est fatale car déterminée par la généalogie qui elle rattache par conséquent Radiguet aux moralistes. Anne ne peut comprendre sa femme si profondément différente et en décalage ne serait-ce que par rapport a lui. Si l'on lit l'incipit, on peut se rendre compte que la description psychologique d'Anne correspond a celle des femmes de paris (coquettes, charmeuses et parfois même gallantes)tandit que radiguet dit explicitement que mahaut ne leur ressemble pas. La principale caractéristique de mahaut est en effet la pureté. Mahaut avait vécu son enfance en Martinique, ce qui l'a "préservée" de l'influence de se femmes sur son comportement et explique sa pureté. Mahaut est en décalage par rapport aux femmes de la société de son époque.

26 juil 2008 à 06h39 par Merger Isabelle :
La généalogie détermine les personnages aristocratiques du roman.Ainsi la voie fluette (de fausset) d'Anne est associé a la "race" (comme le dit Radiguet)ainsi que la voix grave de mahaut.Le nom du mari de la comtesse d'Orgel est également féminin, tandis que le nom "Mahaut" sonne rudement et se rapproche du masculin. L'auteur voulait ainsi créer un décalage entre les deux personnage. La thèse du décalage est omniprésente tout au long du livre et explique la psycologie des personnages

05 juin 2007 à 02h02 par Kashi :
Bonsoir! J'ai lu votre analyse qui m'a remise dans l'ambiance de ce roman.
La question qui me tourmente malgré tout est: Quelles sont les motivations de l'auteur quand au choix du nom de "Anne"?
Cette amitié qui lie Anne à François serait-il au fait un amour inconscient?
Le thème de l'homosexualité serait-il traité de matière détournée?
Merci et à bientôt!

06 mai 2007 à 22h24 par Edouard :

Le bal du comte d’Orgel.


1. Identification et mise en situation.

Raymond Radiguet (1903-1923), Le bal du comte d’Orgel, parution en 1924. Le livre est paru après la mort de Radiguet. Celui-ci est mort très jeune d’une fièvre typhoïde.
L’écriture du roman a été fortement influencée par Jean Cocteau, avec qui, il avait une relation plus qu’amicale. Pour écrire ce livre Radiguet a plongé dans ses souvenirs mais il s’agit aussi pour lui de raconter une expérience nouvelle. Celle de l’aristocratie parisienne qui lui a été introduite par Cocteau. Les personnages du roman peuvent être associé à des personnes ayant réellement existé.
Il lui a fallut écrire quatre version le premier manuscrit faisait plus de quatre cents pages, ensuite il le corrigea pour n’atteindre plus que deux cents pages. Là Cocteau le persuada de le retravailler, ce qu’il fit sans avoir le temps de la terminer. C’est donc Cocteau qui a terminé le livre en fournissant la version définitive, corrigé par lui. L’influence de Cocteau sur ce livre a valu de vives critiques. Par exemple celle d’Eugène Montfort dans Les Marges : « Tout ce qu’on peut dire du bal du comte d’Orgel du feu Raymond Radiguet c’est que c’est du très bon Cocteau … » . Maintenant on sait grâce à des logiciels d’analyse de style que Cocteau et Kessel on épuré le style de Radiguet jusqu’à supprimer 9 p. 100 du texte laissé. La version laissée par Radiguet à sa mort a été imprimée en vingt-cinq exemplaires pour ses proches.


2. Résumé.

L’histoire se déroule dans la haute bourgeoisie parisienne. Anne d’Orgel le maître du tout-Paris est un homme frivole et superficiel. Il se prend d’amitié pour François de Séryeuse. Celui- ci est fils d’officier il est considéré comme étant intelligent et sensible. Il tente de se faire une place dans la société, mais on ne peut le considérer comme un arriviste. En effet malgré la mise en valeur que lui offre le comte, il n’essaye pas de devenir l’idole des fêtes parisiennes. En fait lors de la première rencontre avec le comte, outre l’amitié qu’il a développée pour Anne, il s’est épris de la comtesse Mahaut d’Orgel. Celle-ci le portera aussi dans son cœur mais pour elle le devoir conjugal est plus fort que l’amour. C’est pour ça qu’aucun des deux n’avoue son amour à l’autre. Le premier pour ne pas briser l’amitié avec le comte et la seconde pour ne pas manquer à son mariage.

Du fait de la relation avec les Orgel François est souvent à leur hôtel. Mahaut est troublé par la présence de François mais refuse de penser qu’elle est amoureuse. Elle espère même que Séryeuse ne les fréquente que par amitié et non par amour pour elle. Le fait que ses sentiments puissent être réciproques lui fait peur car elle trahirait son mari. Mahaut est une belle femme plutôt réservé et consacré à son mariage plus qu’à son mari. Néanmoins elle l’aime, mais il ne lui rend pas.

Pendant que François est en vacance, Mahaut se rend compte à quel point elle est attachée à lui. Elle ne voit qu’une solution c’est en parler avec Mme de Séryeuse la mère de François. Elle lui envoie une longue lettre pour la mettre au courant. Et lui demande de l’éloigner d’eux, elle ne peut se sauver quand se sauvant de sa présence. La mère commet deux erreurs qui vont bouleverser Mahaut. Elle lui dévoile les sentiments de François, ce qui la met dans un état de stress intense. Jusque là elle pensait pouvoir encore échapper à l’amour. La seconde erreur c’est Mme de Séryeuse montrera la lettre à François et ne l’empêchera pas de retourner voir les Orgel.

Le dernière acte se passe juste après ces événements dans l’hôtel des Orgel où le comte a inviter ses plus proches pour préparer le bal qu’il donnera. Durant cette soirée le Anne demande qu’ils essayent des déguisements et lui-même se donne à cœur joie. François commence à être fatigué de cette atmosphère factice et puérile. Il sera définitivement déçu par le comte lorsque celui-ci va faire son apparition affabulé d’un chapeau tyrolien, et que celui- ci en rigole. En fait ce chapeau était le dernier souvenir d’un prince Russe déchu présent ce soir là. Naroumof va manifester sa désapprobation d’une remarque qui refroidît l’ambiance. Ce moment précis marque la fin de l’admiration de François pour le comte. Mais le pire pour Séryeuse est à venir. En effet Mahaut dévorer par ses démons réfléchis et pense avoir un moyen de décevoir François. Et à contre cœur elle se lève et accomplis un geste dramatique, elle remet le chapeau du comte en position. Son calcule était mauvais car certes François est déçu, mais son amour est trop fort. La soirée se poursuit comme elle avait commencé.

Le soir même Mahaut décide d’annoncer à son mari l’amour qu’elle porte pour François elle espère que celui-ci agira afin de préserver leur mariage. Mais le comte est incapable de comprendre les aveux de Mahaut, il est toujours sur sa planète faite de plaisirs et de loisirs. Ainsi il conclue le roman en nous laissant sur notre faim et nous laissant libre d’interpréter le futur par cette phrase : « Et maintenant, Mahaut, dormez ! Je le veux. »



3. Extraits et Analyses.

Extrait 1:
(le bal du comte d’Orgel , page 20, Livre de poche)

(François Séryeuse rencontre les Orgel pour la première fois au cirque Médrano, ils décident de faire une blague à l’ami de François car celui-ci n’a pas présenté Séryeuse aux Orgel)

Tous les trois raillèrent les cachotteries de Robin. On décida de le mystifier. Il fut entendu entre Anne d’Orgel et François que l’on feindrait de se connaître de longue date.
Cette innocente farce supprima les préliminaires de l’amitié. Anne d’Orgel voulut faire visiter à François, qui la connaissait, l’écurie du cirque, comme si c’eût été la sienne.
De temps en temps, quand il sentait qu’elle ne pouvait le surprendre, François jetait un coup d’œil sur Mme d’Orgel. Il la trouvait belle, méprisante et distraite. Distraite, en effet ; presque rien n’arrivait à la distraire de son amour pour le comte. Son parler avait quelque chose de rude. Cette voix d’une grâce sévère apparaissait rauque, masculine, aux naïfs. Plus que les traits, la voix décèle la race. La même naïveté eût fait prendre celle d’Anne pour une voix efféminée. Il avait une voix de famille et de fausset conservé au théâtre.
Vivre un conte de fées n’étonne pas. Son souvenir seul nous en fait découvrir le merveilleux. François appréciait mal ce qu’avait de romanesque sa rencontre avec les Orgel. Ce tour qu’ils voulaient jouer à Paul les liait. Ils se sentaient complices. Ils étaient leurs propres dupes, car ayant décidé de faire croire à Robin qu’ils se connaissaient de longue date, ils le croyaient eux-mêmes.


Cet extrait montre le début de l’amitié entre les Orgel et François. Leur amitié à débuter comme on peut le constater par une blague faite à Paul, un ami de Séryeuse. Cela a permis qu’ils se rencontrent et s’apprécie très rapidement. La relation avec les Orgel est au début plutôt centrée sur le comte. D’ailleurs ils se voient pour la première fois dans un lieu de loisir se qu’affectionne le Anne. Radiguet plante le décor dans ce lieu de frivolité, le cirque Médrano, c’est plutôt un lieu qui met en exergue le comte. Il marque l’importance du comte et de sa nature durant toute l’histoire.
Mais la relation va rapidement dévier et François va s’attarder sur la comtesse Mahaut. Dans cet extrait on peut y lire la seule description de Mahaut de tout le livre. Cette description est loin d’être exhaustive. L’auteur nous laisse l’imaginer, mais c’est surtout pour ne pas masquer toute la description et l’analyse psychologique que Radiguet fait tout au long du livre.

Le thème de l’amitié est largement abordé. L’amour aussi, on ne perçoit pas encore à quel point les relations vont être compliqués. Ce que l’on sait à ce moment là c’est que Mahaut aime son mari et que François est entrain de tomber amoureux. Radiguet plante le décor dans un lieu de frivolité, le cirque Médrano, c’est plutôt un lieu qui met en exergue le comte. Il marque l’importance du comte et de sa nature durant toute l’histoire.


Extrait 2 :
(le bal du comte d’Orgel , pages 65 et 66, Livre de poche)

On peut dire que les idées de François sur l’amour étaient toutes faites. Mais parce que c’est lui qui les avait faites, il les croyait sur mesure. Il ne savait pas qu’il ne se les était coupées que sur des sentiments sans vigueur.
Ainsi François, jugeant de son amour d’après des précédents, jugeait mal. Pourquoi d’abord cette attraction vers Anne ? Ne doit-on pas être jaloux ? Il savait que Mme d’Orgel aimait Anne, et, loin de le considérer comme un rival heureux, trouvait en lui un ami ; il ne le voyait pas d’un mauvais œil à côté de Mme d’Orgel. François essayait bien de combattre ces extravagances, mais dès qu’il croyait les avoir dissipées, elles se reformaient.

Pour Anne d’Orgel, rien que de fort explicable dans sa toquade. François lui devint vite un ami comme un autre. Il ne considéra pas ce qu’avait d’anormal que Séryeuse prît si vite rang parmi ses anciens amis.
Il n’analysait pas le motif de cette préférence. La raison en était d’ailleurs incroyable. Il eût haussé les épaules, comme quiconque, si on la lui avait révélée. Orgel préférait François à tous parce que François aimait sa femme.
Nous sommes attirés par qui nous flatte, de quelque façon que ce soit. Or François admirait le comte. Son admiration allait avant tout à l’homme capable d’être aimé d’une Mahaut. En retour, Orgel éprouvait sans le savoir, pour François, un peu de cette reconnaissance que l’on éprouve envers qui nous porte envie.
Non seulement l’amour de François était la raison mystérieuse de la préférence du comte d’Orgel, mais encore cet amour décida son amour pour sa femme. Il commençait de l’aimer comme s’il avait fallu une convoitise pour lui en apprendre le prix.
Mme d’Orgel voyait, elle, d’un assez bon œil cet ami d’Anne. Pouvait-elle s’inquiéter de la préférence qu’elle accordait à François ? N’était-il point de son devoir conjugal de partager les préférences de son époux ?


Ici nous avons des explications sur les relations complexes qui unissent les Orgel et François. Radiguet nous explique comme il le fait souvent les réflexions et les pensées des personnages principaux. Il nous montre comment Séryeuse peut aimer Mahaut et en même temps apprécier le comte. Pourquoi Anne se lie si rapidement avec François. Inconsciemment chacun connaît les sentiments de l’autre.
Le comte va commencer à aimer Mahaut, car jusque là celui-ci ne l’aimait pas vraiment. C’est la présence de François et son amour qui va mettre Mahaut en valeur aux yeux du comte.
François lui apprécie Anne car il l’admire d’être aimé par la comtesse.
L’amour que Mahaut est entrain de développé pour François implique le comte car il ne sait plus se faire aimer par la comtesse. Sa futilité et son côté superficiel sont mis en valeurs par la présence de François.
Ces trois relations impliquent la présence d’une tierce personne pour les mettre en valeur sans cette personne on ne peut pas savoir quelles auraient été les sentiments de chacun.
Par opposition, François aime Mahaut en tant que telle et pas à travers ou à cause de quelqu’un d’autre. C’est la seule relation qui n’implique personne d’autre qu’eux, elle n’a pas besoin de catalyseur.


Extrait 3 :
(le bal du comte d’Orgel , pages 135 et 136, Livre de poche)

(Mahaut a envoyé une lettre à Mme de Séryeuse pour lui avouer qu’elle aime François, celle-ci ne comprend pas vraiment et elles se rencontrent)

– Je n’ose vous apporter mes excuses au sujet de mon fils…
– Oh ! madame ! Quelle bonté ! s’écria Mahaut. Et, mue par son cœur, elle prit les mains de la mère.
Sur ce terrain glissant, comme des patineuses novices, ces deux femmes pures rivalisèrent de maladresse.
« Non, non, disait Mahaut, je vous affirme que François est étranger à ce drame. »
Mme de Séryeuse, convaincue que c’étaient là les derniers scrupules de Mahaut, s’écria qu’elle savait à quoi s’en tenir sur les sentiments de François.
– Que vous a-t-il dit ? demanda Mme d’Orgel.
– Mais je le sais enfin ! répliqua Mme de Séryeuse.
– Mais quoi ?
– Qu’il vous aime.
Mme d’Orgel poussa un cri. Mme de Séryeuse eut vraiment le spectacle d’une détresse humaine. Tout le courage de Mahaut venait-il d’une espèce de certitude que François ne l’aimait pas ? Une joie folle éclaira une seconde son visage, avant que Mme de Séryeuse pût voir cet être déraciné, secoué par la douleur. François arrivant en cet instant, elle était à lui. Rien n’aurait pu l’empêcher de tomber dans ses bras, pas même la présence de sa mère.

Mme de Séryeuse comprit tout. Effrayée, elle chercha vite à se reprendre.
– Je vous en conjure, s’écria Mahaut, ne m’arrachez pas ma seule joie, ce qui me fera supporter mon devoir. Je ne savais pas qu’il m’aimât. Heureusement mon sort ne m’appartient plus. Je vous demande donc encore davantage de me cacher François. S’il m’aime, inventez ce que vous voudrez, mais ne lui dites pas ce qui est vrai ; nous serions perdus.


C’est un passage clé dans le déroulement du livre. Mahaut désespérer rencontre la mère de François. Dans cet extrait on peut lire que le dernier espoir de Mahaut c’est que Séryeuse ne l’aime pas. C’est très fort comme attitude, on voit à quel point elle en souffre. Elle est bornée car pour elle rien ne doit casser son mariage même si elle n’aime plus le comte. La mère de Séryeuse commet une erreur elle avoue que François l’aime. C’est l’élément déclencheur d’une phase de terreur mêlé à la joie d’être aimé. Mme de Séryeuse est très touchée par cet appel mais c’est trop tard car elle n’a plus de prise sur son fils, on l’apprendra plus tard dans le livre. C’est le signe d’un changement chez François, il devient un homme et assume ses choix. Sa mère qui jusque là avait une autorité morale sur lui n’aura plus son mot à dire dans leurs relations. Il s’instaure alors une relation complexe puisque Mahaut est amoureuse de François mais ne veut plus le voir de peur de faire défaut à son mariage. François a de l’amitié pour le comte mais est amoureux de sa femme, ça ne l’effraye pas même s’il a quelques scrupules. Chacun connaît les sentiments de l’autre et ils vont se rencontrer dans une des dernières scènes.


Extrait 4 :
(le bal du comte d’Orgel , pages 153 et 154, Livre de poche)

(Le comte vient de se déguiser avec le chapeau de Naroumof, celui-ci n’apprécie pas.)

Mme d’Orgel fut atterrée. Son mari ne se contentait pas de prêter une oreille distraite à Naroumof ; il oubliait, dans une griserie enfantine, les moindres délicatesses du cœur. Elle était d’autant plus atteinte qu’il se diminuait juste au moment où elle avait besoin de le grandir. Qu’Anne se diminuât devant Séryeuse, il était au-dessus de ses forces de le supporter. Que pourrait-elle répondre, si François lui reprochait de sacrifier son amour à un homme aussi puéril ? Il était dur de voir celui dont la seule présence eût dû convaincre François de son crime prendre l’aspect d’un clown.
Mme d’Orgel raisonnait juste. Depuis la chambre aux étoffes, Anne se livrait à François comme le dépeignaient ses ennemis ; mais François souffrait, sachant ce que cette apparence futile cachait de noble et de beau. S’il n’avait encore aimé Anne, il n’aurait eu qu’à se réjouir de cette besogne dont il suivait le résultat dans les yeux de la comtesse d’Orgel.

Le drame se complaît souvent autour des objets les moins significatifs. De quelle signification puissante il aime alors à revêtir un chapeau ! La comtesse lut en François comme elle comprit qu’il lisait en elle. Elle fit alors un de ces gestes d’autant plus héroïques que leur grandeur ne frappe personne, tant nous préjugeons et tant il nous est difficile d’admettre qu’un feutre tyrolien peut devenir le centre d’une tragédie.
Elle calcula qu’il ne lui restait plus qu’une ressource. Sa répulsion même à l’employer lui prouva qu’elle serait efficace. Il s’agissait de s’associer au geste d’Anne, de devenir sa complice ; en un mot, de répondre silencieusement à François qu’elle n’avait pas trouvé odieux le rôle de son mari.
Aux paroles sèches de Naroumof, elle se leva, se dirigea vers Anne. Elle marchait à la mort.
– Non, Anne, comme ceci, dit-elle, en cabossant le chapeau.
La gêne n’eut plus de bornes. Anne d’Orgel avait du moins l’excuse de son étourderie, de l’excitation. Mais l’acte de la comtesse d’Orgel prouvait une froide volonté de surenchérir, insupportable après les phrases de Naroumof.
Elle avait calculé juste.
« Voilà comment il la déforme ! » se dit François.

Si quelque chose eût été capable d’affaiblir l’amour de Séryeuse, Mahaut eût pleinement récolté le fruit de son sacrifice. Mais elle ne pouvait plus procurer à François que cette tristesse qui augmente l’amour.


Cet extrait regroupe tous les grands thèmes du livre. Tout d’abord l’amitié de François pour le comte. Il se force à voir dans le comte ce qu’il y a de noble et beau alors que celui-ci « se livre comme le dépeignait ses ennemis », c'est-à-dire futile et puérile. Il a du mal à se faire une bonne image de celui-ci. Le thème de l’amitié entre le comte et Séryeuse est majeur, c’est une des barrières entre Mahaut et François. On peut penser qu’à la fin de cet extrait l’amitié ne sera plus la même. Que François ne supporte plus Anne et son infantilité.
Pour Mahaut c’est très important que le comte soit grand, car elle redoute que François lui reproche de sacrifier leur amour pour un être puéril. Là encore l’image de Mahaut qui ne veut pas sacrifier son mariage revient. Mais cette fois elle pense avoir la solution pour dégoûter François. Elle s’associe à contre coeur au comte et fait preuve elle aussi de légèreté. Mais ça ne fonctionne pas il est trop aveuglé par l’amour et il rejette la faute sur le comte : « Voilà comment il la déforme ! ».
Dans cet extrait on peut lire toute la réflexion de Mahaut, et ses sentiments. Radiguet s’attarde beaucoup sur les réflexions intérieures des deux personnages principaux. Toutes leurs pensés mettent en avant le côté superficiel du comte puisqu’à aucun moment Radiguet ne s’attarde sur les cogitations d’Anne. Comme s’il n’existait qu’à l’extérieur.


4. Conseils de lecture.

La seule édition que j’ai eue entre les mains est très complète, avec une préface de Jean Cocteau, et des commentaires de Marion Galichon-Brasart. Si par un heureux hasard l’édition originale non corrigé par Cocteau est à votre disposition, il serait intéressant de les comparer.
Le livre est découpé par des passages à la page suivante, tout les trois ou quatre pages. Je conseille toutefois de lire ces passages là d’une traite et de s’arrêter aux chapitres. En effet les changements de page ne constituent pas un changement d’action mais plutôt un changement de lieu. Par contre les chapitres marquent une coupure du récit avec un changement de lieu et souvent de personnage.
Le livre étant plutôt axée sur la psychologie des personnages plutôt qu’un enchaînement d’action différente. Il est préférable de lire le roman rapidement pour constater l’évolution des différentes relations.
Le livre est très facile à suivre et il faut se focaliser sur les relations entre chaque personnage et les sentiments de chacun plutôt qu’à leurs interactions physiques. Celles-ci sont pauvres et nous apprennent peu d’élément important.
Le narrateur est externe, et la focalisation est de type omnisciente, ce qui rend le livre facile à comprendre. Les pensés des personnages sont décortiquées par le narrateur et les relations nous apparaissent très clairement.


5. Avis personnels.

J’ai beaucoup apprécié ce livre. Tout d’abord il est écrit dans un style de qualité. Qui réussit à nous transmettre les ressentiments des personnages par de petites phrases très bien tournées. On peut sentir derrière le travail de l’écrivain qui cherche à être le plus précis tout en étant concis. Il y parvient de fort belle manière. J’aime le côté « sur-travaillé » du livre, qui ne laisse rien au hasard, ou chaque mot est pesé. Cela peut constitué un aspect négatif pour certain car cela rend le roman très sobre et strict.
Ensuite, les personnages sont très attachants et on se sent vraiment impliqué par leurs histoires. Ceci découle en parti du fait de l’écriture claire et précise. On est tout de suite attiré par les intrigues relationnelles. On s’implique dans leur histoire grâce à la focalisation et aux types de narration qui nous rendent proches d’eux.
En plus l’aspect psychologique est étudié très précisément par Radiguet, les sentiments sont clairement exposés. Sans qu’on tombe dans un roman fermé axé uniquement sur les états d’âme de chacun. Car outre les pensées intestines Radiguet s’attarde aussi sur le fonctionnement du Paris des années vingt. Mais ne se laisse pas aller dans le roman bourgeois un peu trop superficielle.
Enfin, le dénouement. Radiguet termine son roman de façon magistrale par la terrible phrase du comte : « Et maintenant, Mahaut, dormez ! Je le veux. » C’est un fin qui n’en est pas une. Il laisse presque tout les thèmes et questions du livre sans réponse. Ce n’est pas une fin en soi, on peut s’imaginer ce que l’on veut. C’est un plus pour le livre. Une fois terminé il n’est pas fini et dans ma tête, il ne se terminera jamais. Ça lui confère un aspect éternel que certains appelleront plutôt inachevé.


6. Facteurs d’intérêts.

Le facteur principal d’intérêt du livre est situé dans la psychologie des personnages. Qui est très bien décrite par Radiguet. Il fait peu de description physique, mais toute la psychologie des personnages est travaillée avec beaucoup de précision et de justesse. Tout le monde peut-être intéresser par ce qui se passe dans la tête des personnages principaux au milieu de leurs relations complexes. Sur ce qu’il ressente à chaque moment. C’est le principal atout du livre, des descriptions intérieures d’une grande finesse.
L’intérêt est aussi dans le plaisir que l’on retire, en essayant de comprendre les multiples relations. Leurs causes, leurs dénouements, leurs conséquences, Radiguet nous fournit beaucoup de réponses, mais ne répond pas à toute. C’est à nous de nous imaginer la suite, c’est une fin ouverte qui est digne d’intérêt.

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