Becket ou l'honneur de Dieu
- Auteur : Anouilh
- Année de pubication : 1959
-
Acheter Becket ou l'honneur de Dieu sur AbeBooks
1 document sur Becket ou l'honneur de Dieu
1 document :
| Matière | Auteur | Livre | Document | Site |
|---|---|---|---|---|
| Littérature | Anouilh | Becket ou l'honneur de Dieu | Cours : Becket ou l’honneur de Dieu : résumé, intérêts littéraire, philosophique et psychologique
Voir ce document
|
comptoirlitteraire |
0 citation de Becket ou l'honneur de Dieu
0 texte extrait de Becket ou l'honneur de Dieu
0 texte :
Aucun résultat trouvé
Vos 1 commentaire sur Becket ou l'honneur de Dieu
28 août 2006 à 04h24 par :
La nouvelle de Flaubert Un coeur simple est l’histoire d’une servante appelée Félicité. En quelques dizaines de pages, l’œuvre embrasse la vie entière de ce personnage, une vie toute dévouée au service de sa maîtresse, Madame Aubain. Le texte à expliquer est extrait du premier chapitre et constitue la présentation initiale de Félicité. C’est en apparence le portrait élogieux d’une servante idéale. Mais l’éloge est ambigu, et derrière chacune des qualités de Félicité, l’ironie du narrateur laisse deviner une faille cachée.
La servante de Madame Aubain réunissait toutes les vertus. C’était du moins, nous apprend la première phrase du texte, le point de vue de la bourgeoisie de Pont-l’Evêque, chef-lieu de canton du Calvados : « Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l’Evêque envièrent à Madame Aubain sa servante Félicité ». Quelles étaient les raisons d’une considération si générale ?
C’est d’abord que Félicité était une travailleuse acharnée. Seule, elle venait à bout de tâches multiples qui auraient exigé normalement l’intervention de plusieurs domestiques : « elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre » (l.4-6). Cette phrase accumulative trouvée dans le second paragraphe du texte suggère bien l’efficacité de la servante. Elle semblait infatigable, «se levait dès l’aube » (l.9), et «travaillait jusqu’au soir sans interruption » (l.10). Cette résistance exceptionnelle inspire au narrateur une métaphore significative. Félicité était, dit-il, « une femme en bois » (l.30).
Autre qualité suprême, sans doute, aux yeux de ces dames de la bourgeoisie normande : elle était économe. « Econome, elle mangeait avec lenteur, et recueillait du doigt sur la table les miettes de son pain » (l.16-17). Flaubert ajoute qu’un « pain de douze livres », c’est à dire (nous explique une note) pas un pain énorme, lui durait vingt jours. Au marché, elle marchandait avec entêtement, pour faire économiser de l’argent à sa maîtresse (l.14-15). Elle n’oubliait jamais, le soir venu, d’enfouir la bûche sous les cendres pour préserver la braise jusqu’au lendemain (l.12-13).Enfin, elle s’habillait pareil « en toute saison » (l.21) et ne dépensait donc guère d’argent dans les vêtements. C’était une intendante parfaite.
Enfin, elle était « fidèle à sa maîtresse ». De toute sa vie, elle ne changea jamais d’employeur. Et c’est sans doute pour confirmer ce dévouement exemplaire que le narrateur note qu’elle utilisait « un tablier à bavette, comme les infirmières d’hôpital » (l.25).
Le narrateur partage-t-il l’enthousiasme des « bourgeoises de Pont-l’Evêque » ? On peut à bon droit se le demander quand on lit le texte de plus près.
Il n’est pas en effet une seule qualité de Félicité dont le texte ne souligne ironiquement le revers. Elle était travailleuse, avons-nous dit. Trop, si l’on en juge la réaction des autres servantes, dont Flaubert note que « le poli des casseroles » de Félicité faisait leur « désespoir » (l.15-16). On n’avait donc pas, parmi les servantes de la ville, le même point de vue que les bourgeoises au sujet de Félicité. On lui reprochait de faire du zèle, et les autres domestiques étaient lasses de se voir sans cesse donner en exemple par leurs patronnes la servante irréprochable de Madame Aubain. Flaubert, par ailleurs, suggére que Félicité, usée par le travail, avait vieilli prématurément : « A vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante. Dès la cinquantaine, elle ne marqua plus aucun âge » (l.27-29). Jugé à ce résultat, le travail harassant que s’impose Félicité doit-il être considéré comme un signe de vertu, ou comme une preuve de sottise ?
Félicité était économe avec «entêtement » (l.15). Notons déjà que l’entêtement n’est pas un terme très élogieux. Il suggérerait plutôt quelqu’un d’obtus. L’expression « pour cent francs par an », en tête du deuxième paragraphe nous apprend en outre que Félicité recevait un très bas salaire. Travailler autant, pour si peu, est-ce une qualité ? Dirons-nous de Félicité qu’elle était économe, ou plutôt qu’elle était exploitée ? Quant à la fidélité et au dévouement de Félicité pour sa maîtresse, Flaubert nous dit en toutes lettres qu’il était mal placé : « et resta fidèle à sa maîtresse, - qui cependant n’était pas une personne agréable » (l.7-8). Un tel dévouement est-il autre chose que de l’obéissance servile ? Flaubert nous conforte dans cette appréciation péjorative lorsqu’il décrit Félicité comme une sorte de robot ménager « fonctionnant de manière automatique » (l.30-31).
On le voit : si ce portrait est un éloge, il n’en demeure pas moins un éloge fort ambigu. Certes, Félicité est présentée comme une domestique idéale : travailleuse, économe, dévouée. Mais cette vision idéalisée est-elle bien celle de l’auteur ? N’est-elle pas plutôt celle des bourgeoises de Pont-l’Evêque ? Quant à l’auteur, nous ne saurons pas ce qu’il pense. Trop malin ! Cependant, sans trancher, le texte suggère la possibilité d’un autre point de vue, beaucoup plus nuancé, beaucoup plus ironique. Selon ce dernier point de vue, Félicité apparaîtrait plutôt comme le symbole de ces êtres sacrifiés par la société, exploités sans s’en rendre compte, aliénés. Au lecteur de faire son choix entre ces deux représentations. L’ambiguïté est une caractéristique du réalisme de Flaubert, qui estimait que « l’artiste ne doit pas plus apparaître dans son œuvre que Dieu dans la nature ». L’ambiguïté est une caractéristique de la vie. Dans la réalité, deux personnes différentes porteront souvent un jugement différent sur une troisième.
La servante de Madame Aubain réunissait toutes les vertus. C’était du moins, nous apprend la première phrase du texte, le point de vue de la bourgeoisie de Pont-l’Evêque, chef-lieu de canton du Calvados : « Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l’Evêque envièrent à Madame Aubain sa servante Félicité ». Quelles étaient les raisons d’une considération si générale ?
C’est d’abord que Félicité était une travailleuse acharnée. Seule, elle venait à bout de tâches multiples qui auraient exigé normalement l’intervention de plusieurs domestiques : « elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre » (l.4-6). Cette phrase accumulative trouvée dans le second paragraphe du texte suggère bien l’efficacité de la servante. Elle semblait infatigable, «se levait dès l’aube » (l.9), et «travaillait jusqu’au soir sans interruption » (l.10). Cette résistance exceptionnelle inspire au narrateur une métaphore significative. Félicité était, dit-il, « une femme en bois » (l.30).
Autre qualité suprême, sans doute, aux yeux de ces dames de la bourgeoisie normande : elle était économe. « Econome, elle mangeait avec lenteur, et recueillait du doigt sur la table les miettes de son pain » (l.16-17). Flaubert ajoute qu’un « pain de douze livres », c’est à dire (nous explique une note) pas un pain énorme, lui durait vingt jours. Au marché, elle marchandait avec entêtement, pour faire économiser de l’argent à sa maîtresse (l.14-15). Elle n’oubliait jamais, le soir venu, d’enfouir la bûche sous les cendres pour préserver la braise jusqu’au lendemain (l.12-13).Enfin, elle s’habillait pareil « en toute saison » (l.21) et ne dépensait donc guère d’argent dans les vêtements. C’était une intendante parfaite.
Enfin, elle était « fidèle à sa maîtresse ». De toute sa vie, elle ne changea jamais d’employeur. Et c’est sans doute pour confirmer ce dévouement exemplaire que le narrateur note qu’elle utilisait « un tablier à bavette, comme les infirmières d’hôpital » (l.25).
Le narrateur partage-t-il l’enthousiasme des « bourgeoises de Pont-l’Evêque » ? On peut à bon droit se le demander quand on lit le texte de plus près.
Il n’est pas en effet une seule qualité de Félicité dont le texte ne souligne ironiquement le revers. Elle était travailleuse, avons-nous dit. Trop, si l’on en juge la réaction des autres servantes, dont Flaubert note que « le poli des casseroles » de Félicité faisait leur « désespoir » (l.15-16). On n’avait donc pas, parmi les servantes de la ville, le même point de vue que les bourgeoises au sujet de Félicité. On lui reprochait de faire du zèle, et les autres domestiques étaient lasses de se voir sans cesse donner en exemple par leurs patronnes la servante irréprochable de Madame Aubain. Flaubert, par ailleurs, suggére que Félicité, usée par le travail, avait vieilli prématurément : « A vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante. Dès la cinquantaine, elle ne marqua plus aucun âge » (l.27-29). Jugé à ce résultat, le travail harassant que s’impose Félicité doit-il être considéré comme un signe de vertu, ou comme une preuve de sottise ?
Félicité était économe avec «entêtement » (l.15). Notons déjà que l’entêtement n’est pas un terme très élogieux. Il suggérerait plutôt quelqu’un d’obtus. L’expression « pour cent francs par an », en tête du deuxième paragraphe nous apprend en outre que Félicité recevait un très bas salaire. Travailler autant, pour si peu, est-ce une qualité ? Dirons-nous de Félicité qu’elle était économe, ou plutôt qu’elle était exploitée ? Quant à la fidélité et au dévouement de Félicité pour sa maîtresse, Flaubert nous dit en toutes lettres qu’il était mal placé : « et resta fidèle à sa maîtresse, - qui cependant n’était pas une personne agréable » (l.7-8). Un tel dévouement est-il autre chose que de l’obéissance servile ? Flaubert nous conforte dans cette appréciation péjorative lorsqu’il décrit Félicité comme une sorte de robot ménager « fonctionnant de manière automatique » (l.30-31).
On le voit : si ce portrait est un éloge, il n’en demeure pas moins un éloge fort ambigu. Certes, Félicité est présentée comme une domestique idéale : travailleuse, économe, dévouée. Mais cette vision idéalisée est-elle bien celle de l’auteur ? N’est-elle pas plutôt celle des bourgeoises de Pont-l’Evêque ? Quant à l’auteur, nous ne saurons pas ce qu’il pense. Trop malin ! Cependant, sans trancher, le texte suggère la possibilité d’un autre point de vue, beaucoup plus nuancé, beaucoup plus ironique. Selon ce dernier point de vue, Félicité apparaîtrait plutôt comme le symbole de ces êtres sacrifiés par la société, exploités sans s’en rendre compte, aliénés. Au lecteur de faire son choix entre ces deux représentations. L’ambiguïté est une caractéristique du réalisme de Flaubert, qui estimait que « l’artiste ne doit pas plus apparaître dans son œuvre que Dieu dans la nature ». L’ambiguïté est une caractéristique de la vie. Dans la réalité, deux personnes différentes porteront souvent un jugement différent sur une troisième.

