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. VOLTAIRE - CHAPITRE XX .
- Extrait de "L’Ingénu" -

L'extrait étudié

Au milieu de ce spectacle de la mort, tandis que le corps est exposé à la porte de la maison, que deux prêtres à côté d’un bénitier récitent des prières d’un air distrait, que des passants jettent quelques gouttes d’eau bénite sur la bière par oisiveté, que d’autres poursuivent leur chemin avec indifférence, que les parents pleurent, et qu’un amant est prêt de s’arracher la vie, le Saint- Pouange arrive avec l’amie de Versailles. Son goût passager, n’ayant été satisfait qu’une fois, était devenu de l’amour. Le refus de ses bienfaits l’avait piqué. Le père de La Chaise n’aurait jamais pensé à venir dans cette maison ; mais Saint-Pouange ayant tous les jours devant les yeux l’image de la belle Saint-Yves, brûlant d’assouvir une passion qui par une seule jouissance avait enfoncé dans son coeur l’aiguillon des désirs, ne balança pas à venir lui même chercher celle qu’il n’aurait pas peut-être voulu revoir trois fois si elle était venue d’elle-même. Il descend de carrosse ; le premier objet qui se présente à lui est une bière ; il détourne les yeux avec ce simple dégoût d’un homme nourri dans les plaisirs, qui pense qu’on doit lui épargner tout spectacle qui pourrait le ramener à la contemplation de la misère humaine. Il veut monter. La femme de Versailles demande par curiosité qui on va enterrer ; on prononce le nom de Mademoiselle de Saint-Yves. À ce nom, elle pâlit et poussa un cri affreux ; Saint-Pouange se retourne ; la surprise et la douleur remplissent son âme. Le bon Gordon était là, les yeux remplis de larmes. Il interrompt ses tristes prières pour apprendre à l’homme de cour toute cette horrible catastrophe. Il lui parle avec cet empire que donnent la douleur et la vertu. Saint- Pouange n’était point né méchant ; le torrent des affaires et des amusements avait emporté son âme, qui ne se connaissait pas encore. Il ne touchait point à la vieillesse, qui endurcit d’ordinaire le coeur des ministres ; il écoutait Gordon, les yeux baissés, et il en essuyait quelques pleurs qu’il était étonné de répandre : il connut le repentir. « Je veux voir absolument, dit-il, cet homme extraordinaire dont vous m’avez parlé ; il m’attendrit presque autant que cette innocente victime dont j’ai causé la mort. » Gordon le suit jusqu’à la chambre où le prieur, la Kerkabon, l’abbé de Saint- Yves et quelques voisins, rappelaient à la vie le jeune homme retombé en défaillance. « J’ai fait votre malheur, lui dit le sous-ministre ; j’emploierai ma vie à le réparer. » La première idée qui vint à l’Ingénu fut de le tuer, et de se tuer lui-même après. Rien n’était plus à sa place ; mais il était sans armes et veillé de près. Saint-Pouange ne se rebuta point des refus accompagnés du reproche, du mépris et de l’horreur qu’il avait mérités, et qu’on lui prodigua. Le temps adoucit tout. Mons. de Louvois vint enfin à bout de faire un excellent officier de l’Ingénu, qui a paru sous un autre nom à Paris et dans les armées, avec l’approbation de tous les honnêtes gens, et qui a été à la fois un guerrier et un philosophe intrépide. Il ne parlait jamais de cette aventure sans gémir ; et cependant sa consolation était d’en parler. Il chérit la mémoire de la tendre Saint-Yves jusqu’au dernier moment de sa vie. L’abbé de Saint- Yves et le prieur eurent chacun un bon bénéfice ; la bonne Kerkabon aima mieux voir son neveu dans les honneurs militaires que dans le sous-diaconat. La dévote de Versailles garda les boucles de diamants, et reçut encore un beau présent. Le père Tout-à-tous eut des boîtes de chocolat, de café, de sucre candi, de citrons confits, avec les Méditations du révérend père Croiset et La Fleur des saints, reliés en maroquin. Le bon Gordon vécut avec l’Ingénu jusqu’à sa mort dans la plus intime amitié ; il eut un bénéfice aussi, et oublia pour jamais la grâce efficace et le concours concomitant. Il prit pour sa devise : malheur est bon à quelque chose. Combien d’honnêtes gens dans le monde ont pu dire : malheur n’est bon à rien !

Voltaire, L’Ingénu, Chapitre XX


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Introduction

-  Texte de Voltaire, l’Ingénu, écrit en 1767, conte philosophique, extrait des six derniers paragraphes du chapitre XX.
-  L’Ingénu s’est rangé, il a fini son éducation, après la souffrance, quand il décide de ne pas tuer Saint Pouange
-  fin du conte, exipite, dénouement final.

-  I un double choc
-  II comment se règle le destin de l’Ingénu
-  III art du raccourci de Voltaire

I. Un double choc

A. choc romanesque

-  Coup de théâtre, choc romanesque.

Saint Pouange éprouve une sorte de conversation=>ressemble a un prodige du chapitre XIV, l’Ingénu avait converti un janséniste et maintenant il converti Saint Pouange au véritable amour humain et non à l’amour divin -moral. => miracle de la conversion et du repentir de l’ignoble Saint Pouange => « le Saint Pouange », montre le mépris.

-  Pour que ce choc est lieu, il voit d’abord le cercueil, la mort. Il est mis en face du résultat de ses actes voit les effets de ce qu’il a causé. => choc car il venait trouver une vivante à « consommer » « brûlant d’assouvir sa passion »=> choc entre Eros et Thanatos (Dieu Amour/Mort).

-  ce libertin semble retrouver sa « bonté originelle » (moquerie envers Rousseau), il n’était pas méchant au début de sa vie, tout ce passe comme si le couple Saint Yves- Ingénu convertissait ce personnage.

B. Choc de la rencontre du rival

Ce choc est constitué par la rencontre avec l’Ingénu où le « pourri » devient « ange » (POU -ANGE)

-  il montre Saint Pouange par des phrases courtes, sobres « J’ai fait votre malheur, (...)j’emploierai ma vie à le réparer ». => antithèse entre ce qu’il a été et ce qu’il sera => « j’ai fait » au passé composé et « j’emploierais » au futur.

-  le texte parle surtout de lui pour son libertinage et en une phrase il devient une sorte de Saint, acceptant les marques de mépris sans broncher=> « saint Pouange ne se rebuta point »

-  « reproche » « mépris » « horreur » => sorte de gradation comme si il comprenait les autres et qu’il allait faire du bien autour de lui par amour mais pas par amour divin.

Il va faire du bien autour de lui et à son rival l’ Ingénu.

II. Comment se règle le destin de l’Ingénu

A. Rôle de la rencontre

Dans ce dénouement arrive la fin de l’apprentissage de l’Ingénu. Elle est douloureuse car elle se fonde sur la rencontre de son rival Saint Pouange quand il est au sommet de sa douleur.

-  tout aurait pu se terminer par un crime avec la mort de Saint Pouange, de l’Ingénu et de Melle de Saint Yves => trio infernal.

Cette rencontre est comique car le crime n’a pas lieu « mais il était sans armes » => opposition, sorte de sourire car l’Ingénu est un sacré gaillard, sil avait voulu tuer saint Pouange il aurait pu le faire=> Voltaire ajoute un détail « surveillé de près » pour rendre la scène plus vraisemblable.

Tout ce passe comme si le narrateur aurait envie de terminer son histoire rapidement pour aller se coucher=> une formule « le temps adouci tout » met fin à l’horreur de cette rencontre et il n’y a donc pas de sang et le roman se termine « bien ».

B. Les métiers

L’avenir de l’Ingénu est réglé en une phrase : il devient un objet, c’est-à-dire qu’il rentre dans le rang et son avenir est réglé par un représentant du roi.

Le narrateur règle son compte rapidement mais reste fidèle à son prénom « Hercule », sa culture et sa nature « huron ». clin d’œil de voltaire qui évoquerait sa propre personnalité : courageux car il a été aussi embastillé.

Il règle rapidement l’avenir de l’Ingénu dans un dénouement court et simple.

III. Art du raccourci de Voltaire

A. Un dénouement complet

-  Voltaire met beaucoup de choses dans ce dénouement, l’Ingénu reste un amoureux fidèle jusqu’à sa mort => « jusqu’au dernier moment de sa vie » périphrase pour dire jusqu’à la mort.

-  toute sa vie adulte est réglée dans un bref sommaire => « il chérit la mémoire de la tendre Saint Yves », il sort du conte de façon bizarre.

Le narrateur va régler le compte des autres personnages pour en finir. Voltaire montre là son art du raccourci.

B. Un dénouement rapide

-  Chaque personnage est sujet d’un verbe et le COD est la récompense qu’ils ont=> phrases économiques qui dans leur rapidité paraissent invraisemblables, comiques.

Le verbe avoir « eut » => montre volonté de ne pas choisir autre chose, pas d’autres verbes pour compléter les personnages.

-  chaque personnage a une récompense correspondant à son caractère : => Saint Yves et le prieur => « bénéfices », une terre pour montrer l’aspect matériel des Jésuites. => Le Père Tout à Tous => gourmandises « boites de chocolat, de café, de sucre candi, de citrons confits » pour montrer sa volonté doucereuse de s’entendre avec tout le monde et des livres « les Méditations du révérend père Croiset et La Fleur des saints, reliés en maroquin », livres destinés à être rangés dans une bibliothèque sans être lus, critique des Jésuites. => La dévote=> péjoratif, pour montrer que c’est une courtisane, « boucles de diamants » elle a ce qu’elle veut : le paraître.

Gordon=> vit avec l’Ingénu, lui aussi a un bénéfice et rentre dans le rang, il est presque converti en Jésuite.

La Kerkabon => elle a son honneur flatté par la réussite de son neveu et reste la plus sympathique.

C. Un dénouement vraisemblable ou comique

-  Ce dénouement est ambigu volontairement. Tout semble avoir évoluer positivement « malheur est bon à quelque chose » (Cf. optimisme de Candide pour qui « tout va bien dans le meilleur des mondes »). Mais on ne peut pas dire que le dénouement soit aussi optimiste « malheur n’est bon à rien ».

-  Voltaire s’amuse beaucoup=> chacune des récompenses correspond aux défauts de chaque personnage

Il utilise l’antiphrase clairement « dévote de Versailles »=> tout ce passe comme si la vie était une récompense

-  d’autre part, le pathétique employé pendant la rencontre est tellement poussé à l’extrême que l’on peut sentir une parodie, comme s’il se moquait de ce qu’il écrivait. => le dénouement devient comique et le lecteur peut se demander si Voltaire est sérieux en écrivant cette fin.

Conclusion :

-  parodie de roman sensibles, pessimisme (amour- révolte) trouvés dans ce roman ne doivent amener le lecteur qu’à réfléchir, c’est bien un conte philosophique.
-  jusqu’à la fin de l’œuvre le lecteur doit tout lire au second degré. L’écriture de Voltaire par son économie et son art du raccourci demande au lecteur de combler les trous laisser par les ellipses.
-  ce dénouement si complet abouti au contraire à une sorte de questionnement du lecteur.


Merci à Claire pour cette explication de texte